Le pli du psy

CROYANCES, MYTHES & PRÉJUGÉS, COMMENT ÇA SE PASSE (VRAIMENT) CHEZ LE PSY ?

Je reçois un monsieur qui a insisté au téléphone pour avoir un rendez-vous rapidement. Il indique vivre une séparation très douloureuse, subite et totalement incompréhensible pour lui, et avoir besoin d’aide pour traverser ce moment. 

Je lui propose une plage horaire d’une personne qui s’est désistée le lendemain après-midi, qu’il accepte avec empressement, soulagement et remerciements.

A son arrivée _ il s’était égaré quelques minutes auparavant dans les cabinets du pôle regroupant de nombreux professionnels médicaux, paramédicaux et thérapeutes_ ce monsieur est embarrassé et agité. Il hésite à entrer en expliquant s’être trompé, et qu’il « ne pensait pas avoir rdv avec un psy ». 

Les erreurs, les confusions comme les lapsus font partie de ce que l’on nomme les « actes manqués », et n’ont, bien entendu, rien à voir avec le hasard ou l’étourderie. Au contraire, l’origine d’un acte manqué serait selon Freud[1] un refoulement, marquant l’impact de l’inconscient dans nos vies et nos actions. Les actes manqués sont l’expression d’un désir qui se manifeste de façon détournée. 

 

Je lui propose toutefois de s’assoir un instant et de comprendre ce qui se passe. Ce monsieur a pris rdv sur internet _ où il est indiqué mon nom et ma profession, ainsi que mon site internet (thera-psy.fr), et nous avons échangé au téléphone sur le motif de consultation. Il insiste sur le fait que « les psys, il ne peut pas ».

Il poursuit en déroulant son argumentation : « Les psys c’est long, c’est trop long… Là je ne peux pas me le permettre, j’ai un boulot, faut que je tienne.  Et puis, j’ai déjà fait une dépression il y a quelques années, et j’ai vu des psychologues, des psychiatres… Ils ne m’ont rien fait. En plus ils ne parlent pas, je ne sais pas ce que je fais là. Je paye et en plus ils ne parlent pas ! J’veux voir quelqu’un…je voulais voir quelqu’un… j’ai une amie, elle a vu M. Untel, en une fois, et hop ! Fini. Moi, je ne viens pas pour parler pendant des heures, ou des années ...! »

Effectivement, j’ai raccompagné à sa demande ce monsieur qui n’était pas prêt. Il ne se disait déjà pas prêt à parler, même s’il n’a pas arrêté de parler avec un débit très accéléré, pendant ces minutes où je n’ai pratiquement pas pu ouvrir la bouche, et donc surtout pas prêt à écouter et à entendre. 

Pas prêt non plus à comprendre, à réfléchir et à agir : l’accompagnement thérapeutique ou le soutien psychologique est un travail à deux, avec le psychologue ou le psychothérapeute, et ce monsieur était en demande d’un « one-shot », un acte instantané voire magique, dans lequel il n’aurait pas eu à s’impliquer, ni à rentrer dans un questionnement. Pourtant, son discours indique qu’il revit des situations et des épreuves qu’il a déjà vécues dans le passé. 

 

Le mur

L’inconscient, lui, sait bien que la mise en réflexion est indispensable pour dépasser un moment douloureux comme une séparation. Les croyances ou les certitudes protègent, momentanément, de ce qui est désagréable et sous la surface. Parce que se sont mis en place des programmes inconscients qui brouillent la lecture de ce que l’on vit _ des programmes qui se sont installés depuis très longtemps parfois _ pour contourner ce qui n’est pas supportable par la conscience, nous éviter de se confronter ou d’affronter.

Les personnes que je reçois ont des histoires de vie différentes, mais toutes ces personnes ont la même intention : elles cherchent à comprendre et à dépasser leurs difficultés. Comprendre quoi, dépasser quoi, représente parfois une première étape ; mais elles agissent pour cesser de souffrir, aller mieux, et digérer leurs épreuves.

Il faut parfois du temps pour accepter le message profond d’un acte manqué, un aveu difficile, un service que l’on se rend à soi-même. Pour aller mieux il faut se confronter à ce qui fait souffrir, en étant soutenu. Ouvrir les yeux sur ce que l’on refusait jusque-là de voir. Je sais ce monsieur capable de s’en sortir, de se poser pour comprendre, dès qu’il y sera prêt.

 

Destins et répétitions

Incontestablement, le destin semble nous proposer ou nous imposer de mêmes événements ou des événements étrangement similaires, à des moments-clés de notre vie ou à intervalles quasi réguliers. Et nous replongeons dans les mêmes difficultés.

Même si chaque récit est différent, je retrouve dans les histoires des personnes que j’accompagne, les impacts ou les dégâts liés à de perpétuelles répétitions. Et que la chance ou la fatalité n’y sont que pour peu. Il y a ceux/celles qui se retrouvent avec les mêmes supérieurs hiérarchiques maltraitants ou collègues toxiques ; ceux/celles qui tombent amoureux(se) du même type de partenaire de vie, et qui leur fait (re)vivre les mêmes expériences difficiles ; les mêmes amitiés qui se comportent comme un membre de la famille ou un aïeul, ou qui se finissent de façon similaire, des échecs ou des problèmes de santé ou financiers récurrents etc. 

Ces personnes n’y peuvent rien, elles ne comprennent pas ce qu’elles font pour vivre cela, ni pourquoi leur déroulé de vie ressemble à un scénario se répétant en boucle et qui s’amplifie avec le temps. Ce sont des schémas répétitifs.

 

Les psys c’est pour les fous, ça dure des années, c’est cher, et ils ne parlent pas !

De mon côté, cette « erreur d’aiguillage » m’a permis de me pencher sur ce que cette anecdote m’invitait à resituer. En effet, je retrouve souvent sur les sites internet de mes confrères et consœurs psychologues, un petit laïus sur les clichés qui collent encore (mais heureusement de moins en moins) aux psys. J’aurais pu démonter moi aussi une à une chacune des représentations et croyances, et chaque cliché concernant les psys ; je préfère plutôt terminer cet article en proposant quelques lignes synthétiques sur mon approche singulière en cabinet. 

Je suis psychologue et j’accompagne et soutiens la personne en l’absence de troubles ou pathologies mentales, épisodes dépressifs sévères ou psychotiques, car j’adresse ces personnes auprès d’autres professionnels, notamment les psychiatres, dont c’est le métier et la spécialité. 

Les épreuves, les doutes, les confusions, les souffrances, les deuils, les blocages, les traumatismes, les échecs, les stress, font partie de la vie de chaque individu. Ce sont sur ces problématiques que je travaille avec la personne accompagnée, afin de l’aider à trouver ses ressources pour se sortir de ses difficultés. Il est important de préciser que les consultations avec un psychologue représentent un investissement sur soi et sur son bien-être intérieur, comme sur sa qualité de vie ou son bonheur. Certaines personnes ne regardent pas à la dépense dans la mode, les loisirs, parfois même dans des choses plus futiles, mais hésitent, voire rechignent à investir sur leur besoin de compréhension, de changement ou de sérénité, en n’allant pas consulter.

Je suis une psy qui parle et interagit avec la personne, tout en utilisant parfois le silence comme un espace proposé et libre, pour y déposer l’émotion, le besoin, la difficulté, la souffrance… 

Je m’autorise à ressentir, à compatir, à vivre des émotions et à les exprimer. Je peux sourire voire rire, ou être touchée. Et l’assumer, tout en renouvelant mon implication dans l’échange. 

Je dispose d’un canapé et de fauteuils, c’est la personne qui le plus souvent choisit là où elle a envie de s’assoir. Nous restons en face à face _ certes avec le masque et le respect des gestes barrière _ « en relation », dans un acte de partage et de travail. Je suis tenue au secret professionnel mais pratique l’intervision[2]. Il n’y a pas de « séance-type », de cloisonnement entre vie personnelle et vie professionnelle, qui sont naturellement imbriquées et interdépendantes. Je peux utiliser des méthodes ou outils thérapeutiques de type TCC ou thérapies courtes, voire ultra-courtes _notamment via l’hypnose de 2e génération _ des exercices, des supports, questionnaires ou autres, mais toujours dans une logique « sur-mesure », adaptée à chaque personne unique.

 

Je garde surtout à l’esprit « que le meilleur outil, c’est moi-même[3] » dans le travail réflexif que je propose à la personne. 

Ce travail s'amorce et se déroule en séance, il se poursuit aussi « en dehors », entre les séances et après, et même parfois longtemps, longtemps après la fin des consultations. 

Il m’arrive de croiser des personnes que j’ai accompagnées il y a 5 ou 10 ans, et qui me raconte la poursuite de leur chemin, et les résultats qu’elles ont atteints. 

Et cela fait du bien.

Rien ne disparaît instantanément, mais tout se travaille !

 

---- Marie-Christine Abatte ----

Psychologue, consultante & thérapeute

 

[1] Freud « Psychopathologie de la vie quotidienne » (1901).

[2] Intervision : des psychologues, praticiens et thérapeutes se réunissant en petit groupe pour soumettre leurs cas cliniques, leurs expériences, leurs pratiques à la discussion voire l’analyse.

[3] Citation de Susanne Peters, psychologue et consœur  https://www.susanne-peters-psychologue.com/