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    Intégrer des expériences difficiles par l'hypnose intégrative®, la thérapie par les mouvements oculaires, l'intégration du cycle de la vie ICV®.

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    Comprendre et transformer

    Se libérer des troubles somatiques par les psycho-bio-thérapies ou thérapies émotionnelles, orientées vers le développement, la transformation, et l'évolution.

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    S'épanouir

    Préserver sa santé au travail par la psychologie du travail et de l'activité, développer de nouveaux horizons avec les bilans professionnels et bilans d'orientation.

Marie-Christine Abatte

L'apparence requiert art et finesse. La vérité, calme et simplicité.

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Psychologue, thérapeute émotionnelle, clinicienne de l'activité, j'aide les personnes qui le souhaitent à retrouver du sens, un nouvel équilibre, un mieux-être, un développement, ou une nouvelle direction à leur parcours de vie.

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Mon approche réunit différentes méthodes thérapeutiques et cliniques, en considérant la personne dans sa globalité, et en intégrant son univers dans une démarche sur mesure pour l'accompagner au mieux sur son chemin. Ma boîte à outils est évolutive, je me forme régulièrement et acquiers de nouvelles pratiques et techniques.

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L'Intégration du Cycle de la Vie® est une technique nouvelle issue des avancées des neurosciences qui permet, sur quelques séances, de réparer un évènement précis et, sur un temps plus long, d'apporter un apaisement et une base de sécurité dans le cas de traumatismes complexes.

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ALLER MIEUX… OU PAS : D’UN BENEFICE A L’AUTRE

C' est n’importe quoi !  me dit Anne. « Evidemment que je veux aller mieux ! » s’exaspère-t-elle. Oui mais… S’il existe un bénéfice évident à aller mieux, celui de ne pas aller mieux est parfois inconscient et difficile à accueillir. Faut-il obligatoirement guérir de sa souffrance, de sa maladie, de son schéma répétitif ou de son symptôme ? Sombrer ou évoluer ? Quel intérêt à souffrir ou rester malade, stagner, répéter inlassablement, régresser, voire échouer ?

C’est ce que les psychanalystes nomment « un bénéfice secondaire ». Un bénéfice secondaire est un concept appartenant à l’origine au champ de la psychanalyse et serait « un effet favorable ou positif d'un symptôme psychopathologique ». Aussi délicat à admettre que ce soit, on pourrait donc trouver un avantage à ne pas aller mieux, à continuer à souffrir, voire à saboter la démarche de la thérapie que l’on a soi-même initié. Mystère.

 

Quel intérêt à échouer ? 

« Tout est bien... Tout. L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. Ce n'est que cela. C'est tout, c'est tout ![1] ». Ainsi, il y aurait un gain supérieur à maintenir un existant _ de prime abord défavorable _ par la présence d’une motivation plus ou moins inconsciente à laisser les choses en l’état. 

Anne est en arrêt de travail et souffre. Elle enchaine les examens médicaux depuis 18 mois. Elle se dit très fatiguée, surmenée au travail avec une collègue en longue maladie non remplacée, un nouveau hiérarchique aux exigences très élevées, 2 enfants scolarisés en primaire. Elle se plaint de douleurs aux hanches inexpliquées. En plus de son activité professionnelle, son conjoint a une pratique sportive intensive et chronophage ; il s’entraine plusieurs soirs par semaine, le week-end, des séminaires, des compétitions, les après-compétitions…. 

 

Pertes et profits

Les douleurs d’Anne la contraignent à ne plus pouvoir faire de trajets en voiture, à supporter la station assise, au travail également. Son conjoint a réduit progressivement ses activités extra-professionnelles et décalé ses horaires de travail pour pouvoir déposer les enfants à l’école le matin. D’une certaine façon, Anne a obtenu plus d’implication de son conjoint, alors qu’elle le sollicitait déjà ces dernières années pour avoir plus de soutien dans les activités du foyer et auprès des enfants. Depuis quelques mois et avec l’accroissement des douleurs d’Anne qui se chronicisent, il est plus présent, rentre plus tôt, participe plus aux tâches ménagères, aux devoirs… Il conduit Anne régulièrement au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, chez l’algologue, comme aux autres examens médicaux qu’elle doit réaliser. De plus, le médecin d’Anne lui conseille de lever le pied professionnellement, libérer du temps pour de la gymnastique kinésithérapique régulière, retrouver de la flexibilité musculaire ; elle envisage de demander un mi-temps thérapeutique. Elle va devoir par conséquent transférer certains dossiers à d’autres collègues, être moins impliquée dans ses missions professionnelles et s’inquiète. 

Oui mais, depuis l’apparition et l’intensification de ses douleurs qui l’empêchent de s’activer normalement, force est de constater que son conjoint est plus disponible, plus impliqué, plus soutenant. Elle se sent moins seule, moins de charge physique et mentale, moins de pression professionnelle. N’a-t-elle pas obtenu ce qu’elle souhaitait ? D’une certaine façon. Aura-t-elle intérêt à voir disparaitre ses douleurs ? Peut-être ou peut-être pas. Là s’impose la balance discrète entre le coût ou le prix à payer, et les bénéfices réalisés. Mais Anne n’est pas encore prête à lâcher la plainte autant que ses croyances[2] ou représentations[3].

 

Symptôme et Sinthome

Le symptôme est un signe clinique, c’est une manifestation d’un état dysfonctionnel, ressenti ou exprimé par le sujet ; il peut s‘agir de manifestation somatique comme une douleur, ou d’une manifestation psychique (angoisse, trouble, tristesse…). Jacques Lacan[4] a lui avancé le concept de « sinthome », un dérivé du symptôme dont la fonction est de constituer « une prothèse psychique », permettant au sujet une protection de son psychisme. Lacan cite Jacques-Alain Miller : « le sinthome, c’est une pièce qui se détache pour dysfonctionner si je puis dire », une pièce qui entrave « le fonctionnement des individus » mais qui a « dans une organisation plus secrète une fonction éminente[5]» 

Nous conservons alors parfois des maladies, symptômes, manifestations douloureuses ou toxiques, distorsions cognitives ou comportementales contre-productives mais pour autant « bénéficiaires ». Si Abraham Maslow a  _ dans sa pyramide des besoins _ hiérarchisé les besoins de l’humain, les priorités inconscientes se positionnent quelquefois ailleurs qu’à l’endroit où l’on peut les attendre : Faire le deuil d’un poste aux missions impliquantes, de dossiers complexes mais stimulants, d’une carrière, de l’indépendance des déplacements en voiture, ou plus généralement de la liberté de faire ou de ne pas faire, c’est un coût important, voire « cher payé »… Mais cela pourrait justifier un « retour sur investissement », tel que le rapprochement d’un conjoint indisponible jusqu’alors, son implication, sa présence, la sécurité et la légitimité de lâcher un travail où la charge est trop lourde et la pression forte ;  sans compter l’apaisement des rythmes soumis aux enfants à l’heure des devoirs, et l’ambiance plus apaisée à la maison.

 

Ressorts psychologiques et leviers motivationnels 

« Et si la thérapie ne marchait pas ? » Anne m’interroge, apparemment déjà en proie à un conflit intérieur inconscient. Dans le début de ma pratique, j’ai beaucoup utilisé l’hypnose. J’ai remarqué qu’elle était réclamée par des patients désireux de changer des choses « sans avoir mal ». Comme de se réveiller de l’anesthésie générale après une intervention chirurgicale, mais pour laquelle le patient n’était ni là, ni agissant, ni conscient. Difficile pour Anne, malgré le mal-être, la configuration douloureuse physique ou psychique, d’admettre que cela [lui] confère aussi certains privilèges : certaines situations renforcent la proximité de personnes aimées, mettent à distance de l’obligation du travail, déclenchent des changements de proches précédemment inenvisageables…. Les personnes qui obtiennent certains bénéfices secondaires résistent aux changements amenés par la thérapie _ car la récompense obtenue est supérieure _ mais non-accessible à la conscience. La balance des comptes d’une situation difficile ou douloureuse, d’une douleur ou d’une psychopathologie peut présenter plus d’avantages que de coûts. Freud soulignait ce bénéfice pour le psychisme, d’exprimer un symptôme, pour neutraliser l’angoisse. : « La formation du symptôme épargne au Moi un travail dur et pénible[6] ». Un refuge protégeant de conflits psychiques certes bien plus douloureux. Il est peut-être plus acceptable pour Anne de se plaindre de ses douleurs, que de son couple…

 

Réussir sa thérapie, ça fait mal ?

Le patient est responsable de sa thérapie, il est acteur, cocréateur ; le voyage thérapique suppose un engagement et un coût, certes financier, mais aussi psychique. Changer peut-être douloureux. La thérapie s’arrête parfois avec la disparition d’un patient, qui s’en explique ou pas. Celui-là aurait voulu que « ça » aille vite, un autre que « ça ne soit pas désagréable ou éprouvant ». D’autres essayent plusieurs praticiens, se plaçant eux-mêmes en situation d’échec prémédité et répété, pour valider une croyance selon laquelle « de toutes façons ça ne va pas marcher[7] ». Celui-là perd son temps _ et celui du thérapeute _ mais aussi son argent. Car au-delà de la demande initiale du sujet, il existe la « jouissance à la plainte », un concept qu’Emilie Devienne développe dans son ouvrage « 50 exercices pour rater sa thérapie[8] », où comment la thérapie se transforme en un support à l’entretien de cette « construction doloriste et victimaire ». Un écueil qui ne pourra peut-être pas être évité. 

 

" Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous, et où en serions-nous, sans notre malheur ? » nous dit Paul Watzlawick[9]. C’est par la prise de conscience, la bienveillance du thérapeute, l’alliance de travail _ avec la part saine du patient qui veut changer _ et le cadre de la thérapie, que le sujet peut à son rythme opérer un changement, certes difficile mais profond. Le thérapeute a évidemment des limites à son action, il ne fait pas de psycho-magie, ni de psycho-bricolage. Les limites du patient existent elles aussi, et la démarche thérapeutique va mettre en lumière la capacité et le désir du patient à aller mieux, à s’engager vers lui-même, pour lui-même.

 

--- Marie-Christine ABATTE ---

Psychologue & Thérapeute

 

[1] Dostoïevski, Les Possédés https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_D%C3%A9mons

[2] La croyance désigne l'attitude intellectuelle d'une personne qui tient pour vrai un énoncé ou un fait sans qu'il y ait nécessairement une démonstration objective et acceptable de cette attitude. https://carnets2psycho.net/dico/sens-de-croyance.html

[3] La représentation mentale est une représentation que l'on se fait, par la pensée, d'une projection sensorielle, d'un concept ou d'une situation. Une représentation mentale peut être de l'ordre du réel ou du fictif. […]  Les représentations mentales ont des relations avec la représentation sociale, pour ce qui touche à l'imaginaire collectif, l'organisation sociale, et la construction de systèmes symboliques. https://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentation_mentale

[4] Jacques Lacan est l'un des psychanalystes les plus renommés après Freud, et a donné naissance à un courant psychanalytique, le lacanisme, prônant un strict retour à Freud, il éclaire le champ de la psychanalyse par une approche innovante, essentiellement linguistique. Il y introduit les notions de signifiant et de signifié (récemment théorisées par le linguiste Suisse Ferdinand de Saussure), puis montre que l'inconscient s'interprète comme un langage. http://psychiatriinfirmiere.free.fr/definition/jacques-lacan/lacan-theorie.htm

[5] https://www.causefreudienne.net/le-sinthome/

[6] FREUD, S. (1916) Introduction à la psychanalyse Paris, Payot.

[7] Une étude menée par Wilson en 2003 (dropping out or dropping in) a porté sur la vision que les patients avaient de leur thérapie après avoir arrêté précocement. Il montre que ces patients avaient souvent tendance à se lancer dans la thérapie en partie par impulsion (dropping in). Ils ont également tendance à « papillonner » (« shopping around ») entre les thérapeutes et les thérapies, cherchant à découvrir de nouvelles formes de thérapie ou à trouver une relation patient-thérapeute qui les satisfasse pleinement. Et de nombreux patients ne voient pas le drop-out comme un échec.https://www.researchgate.net/publication/235795410_Therapist_and_relationship_factors_influencing_dropout_from_individual_psychotherapy_A_literature_review

[8] Eyrolles (2012)

[9] Paul Watzlawick « Faites-vous-même votre malheur » (2020) ISBN 2757841874. 

Paul Watzlawick, est un théoricien dans la théorie de la communication et le constructivisme radical, membre fondateur de l'École de Palo Alto. Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste jungien et sociologue, ses travaux ont porté sur la thérapie familiale et la psychothérapie générale. " Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous, et où en serions-nous, sans notre malheur ? J'espère que l'on me passera la vulgarité de l'expression car elle est littéralement vraie. Nous en avons salement besoin. " 

 

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SE DEBARRASSER D’UN PASSE DOULOUREUX

Dans cet article j’ai envie à nouveau d’ouvrir ma boite à outils thérapeutiques et de présenter de façon simple et accessible, un de mes outils : l’ICV[1].  Je m’appuierais sur la synthèse de deux autres articles, l’un paru dans le journal L’Express en 2017 « Thérapie brève : « L'ICV permet de comprendre comment le passé affecte le présent[2] » par Leslie Rezzoug, et celui rédigé par Aurore Aimelet _ retranscription d’une interview de la Psychologue ICViste Johanna Smith[3] _ « L’ICV permet de laisser derrière soi un passé douloureux[4] », article paru dans Psychologie magazine de juin dernier.

Qu'est-ce que l'ICV ? L’acronyme ICV pour Intégration du Cycle de la Vie (ou Lifespan Integration en anglais), désigne une méthode de thérapie psycho-corporelle créée par une américaine Peggy Pace, aux débuts des années 2000[5]. » Il s’agit d’une thérapie psycho-corporelle qui repose sur la capacité du système corps-esprit de se guérir lui-même. Cette approche est basée sur la répétition d'une liste chronologique de souvenirs depuis la naissance jusqu'à aujourd'hui, afin de contribuer à l’intégration neuronale, et une guérison profonde d’un large panel de symptômes, chez les patients de tous âges.  

 

Passé présent

L'ICV était, au départ, destinée à aider les personnes ayant vécu des traumatismes lourds, comme des attentats par exemple.  Pour la psychologue Joanna Smith, l’Intégration du cycle de la vie et son outil original, la « ligne du temps », remettent les souvenirs à leur place. En 2010, Joanna Smith découvre les travaux de Peggy Pace, une psychologue et thérapeute de l'Etat de Washington, qui depuis 2002 développe avec ses clients la technique de l'Intégration du Cycle de la Vie (ICV) dans son cabinet privé. : « Alors que je travaille en tant que psychologue en hôpital psychiatrique, et curieuse de ses résultats plutôt encourageants, je propose l’Intégration du cycle de la vie à plusieurs de mes patients qui, après un passé douloureux, présentent des troubles anxieux invalidants. En effet, lorsque nous avons vécu un traumatisme ou souffert de carences affectives, notre esprit a beau savoir que ces événements appartiennent au passé, ils résonnent au présent, et nous adoptons des mécanismes de défense automatiques inappropriés. »

Mais comment se manifeste ce passé douloureux dans notre présent ? Effectivement des événements éprouvants ou traumatisants du passé, même lointains comme ceux de la toute petite enfance, impactent encore le présent de certaines personnes. Je prendrais l’exemple de ce jeune entrepreneur qui après avoir eu un accident de voiture, avait beaucoup de difficultés à conduire et même à entrer dans un véhicule, alors que cela était tout à fait indispensable pour son travail. Ou encore de cette femme qui a souffert d’une enfance difficile auprès de parents négligents, sans réellement en mesurer l’impact profond, et qui devenue adulte craint l’engagement et sabote ses relations. 

 

Traverser sa vie

C’est un peu comme si le cerveau n’avait pas intégré que c’était fini, et qu’il continue à vivre la charge traumatique de l’événement au présent. L’idée de l’ICV est de faire traverser un à un les souvenirs pour communiquer, non plus seulement à l’esprit mais au corps lui-même, l’information du temps qui a passé et que c’est terminé. 

L’objectif est de permettre à notre système _ le système « corps-esprit » _ d’intégrer les événements, les positionner au passé, à leur place véritable. « J’ai constaté que ce voyage dans le passé diminuait la charge émotionnelle des souvenirs douloureux de mes patients. […]. Lorsque je rencontre un patient, je cherche à comprendre si ses symptômes (stress, difficultés relationnelles, conduites addictives ou évitantes) sont liés à un ou plusieurs traumatismes ou, deuxième grande indication de l’ICV, à un trouble de l’attachement et à une mauvaise régulation des émotions. […] Ensuite je présente au patient le cadre de la thérapie, j’explique le concept de mémoire traumatique et l’approche de l’ICV, dont la “ligne du temps” est l’outil principal : Concrètement, il s’agit de dresser une liste de souvenirs chronologiques pour reconstituer son histoire. […] Ce peut être le cas d’un patient qui, élevé par un père très autoritaire, a du mal à s’affirmer ; ou d’une patiente qui souffre d’attaques de panique, n’ayant pu construire un sentiment de sécurité suffisamment solide auprès de parents très anxieux. Dans ces cas-là, nous allons remonter le temps au tout début de l’enfance. Parce qu’il n’existe pas de souvenirs précis de cette période, je vais faire imaginer au patient son développement vraisemblable : à 1 an, il commençait à se mettre debout, à 2 ans, il parlait, etc… » (Joanna Smith).

 

Une machine à remonter le temps issue de l’EMDR…

Au début des années 2000, la psychothérapeute américaine Peggy Pace utilise l’EMDR[6], une méthode consistant à réactiver un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Elle remarque alors que certains patients restent comme « bloqués » dans le passé. En les aidant à retraverser les événements de leur vie, elle observe une amélioration. Elle développe alors l’Intégration du cycle de la vie[7] (Lifespan Integration), qui s’appuie sur un nouvel outil thérapeutique, la ligne du temps.

Comme avec d’autres approches thérapeutiques, les résultats en ICV vont dépendre de l'objectif de chaque sujet. Dans le cas d'un traumatisme lourd, il s'agira de désamorcer les pics d'angoisse et autres manifestations douloureuses pour le patient. « On peut dire que l'on est traumatisé quand on se sent impuissant, incapable de gérer sa douleur pendant une longue durée », explique Joanna Smith. Au-delà d'un certain niveau de stress, notre système nerveux se désactive. On est comme engourdi, anesthésié, ou gelé. Pour se sortir de cet engrenage, il faut pouvoir réintégrer l'événement dans son histoire autobiographique, et pouvoir progressivement s’y connecter un peu plus calmement. « Pour les problèmes liés à l'attachement, le processus est différent : on va apprendre aux patients « carencés » en affection à prendre soin d'eux, à se redonner de l'attention et de la tendresse. Il s'agit d'un travail de fond qui se fait sur plusieurs séances. » (Joanna Smith)

L'ICV se base donc sur le constat que la remémoration d'un traumatisme active des sensations dans le corps, comme si ce dernier était resté bloqué au moment de l'événement douloureux sans pouvoir s'en libérer, alors que la partie rationnelle du cerveau sait pourtant que tout cela est bel et bien terminé. Le but de la thérapie ICV est donc de permettre au cerveau d'assimiler ces informations et d'apaiser le corps en lui faisant prendre conscience qu'il n'est plus dans la situation traumatisante. 

 

… pour augmenter les connections neuronales

L'intégration du traumatisme au niveau neuronal est possible grâce à la neurosplasticité du cerveau, c'est-à-dire à sa capacité de se restructurer neuronalement tout au long de la vie. L'ICV se base également sur le postulat neuroscientifique de Hebb[8] selon lequel "des neurones qui se stimulent en même temps sont des neurones qui se lient ensemble" ("neurons that fire together wire together ").

L'approche thérapeutique d'Intégration du Cycle de la vie a recours à l'imaginaire, ce qui est fondé sur les recherches neuroscientifiques des années 90 démontrant que le cerveau ne fait pas la différence entre ce qu'il vit réellement et ce qu'il imagine. L'ICV s'appuie sur les recherches qui postulent que l'intégration neuronale de l'enfant en développement se développe grâce à la co-construction du récit autobiographique entre les parents et l’enfant. Ce sont les répétitions de ce voyage chronologique à chaque séance qui vont engendrer une prise de conscience et prouver au cerveau _ et surtout au corps _ que le passé est bien passé. Il dure moins de trois séances pour un traumatisme simple et peut prendre quelques années en cas de troubles importants de l’attachement, même si les symptômes s’améliorent souvent dès les premières semaines. « Le patient entre en thérapie parce qu’il souffre, même s’il “sait” que son passé est loin derrière lui ; il en sort lorsqu’il “sent” que son passé est derrière lui et que, en conséquence, il souffre moins. » (Joanna Smith)

 

« Le traumatisme fait partie de la vie. Et le corps en garde les traces et une mémoire qui imprègne nos émotions[9] » (Van Der Kolk). L’ICV s’avère donc être une approche de pointe pour traiter l’attachement, les problèmes de régulation émotionnelle et les traumas, notamment liés à des événements dont on ne garde aucun souvenir car ayant eu lieu avant l’apparition du langage (traumas pré-verbaux). Mais fort heureusement, si « le corps n’oublie rien » il a la capacité, avec un peu d’aide, de s’auto-guérir.

 

---- Marie-Christine Abatte ----

Psychologue & thérapeute 

 

[1]L’intégration du cycle de la vie ou ICV (ou encore Lifespan integration en anglais) est une approche thérapeutique créée aux Etats-Unis en 2002. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Int%C3%A9gration_du_cycle_de_la_vie

[2] Article publié le 30/04/2017 : https://www.lexpress.fr/styles/psycho/therapie-breve-l-icv-permet-de-comprendre-comment-le-passe-affecte-le-present_1897506.html

[3] Joanna Smith, 2016. Psychothérapie de la dissociation et du trauma, Ouvrage collectif, Dunod

[4] « L’ICV permet de laisser derrière soi un passé douloureux », mis à jour le 24 juin 2021 par Aurore Aimelet https://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapies-breves/Articles-et-Dossiers/L-ICV-permet-de-laisser-derriere-soi-un-passe-douloureux#xtor=EPR-50

[5] P. Pace l'a théorisé dans son livre « Lifespan Integration : connecting Ego States through time » publié en 2003 et traduit en français en 2014 sous le titre « Pratiquer l'ICV (Dunod)

[6] Les initiales EMDR signifient « eye movement desensitization and reprocessing » c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.

[7] Association francophone d’ICV (aficv.com)

[8]Donald Hebb, né à Chester, en 1904 et mort en 1985 dans la même ville, est un psychologue et neuropsychologue canadien. Ses travaux sur l'apprentissage par des réseaux de neurones artificiels ont eu une influence décisive sur les neurosciences cognitives et l'intelligence artificielle.

[9] « Le Corps n’oublie rien : Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme » de Bessel van der Kolk chez Albin Michel. Bessel van der Kolk est un psychiatre américain d’origine néerlandaise, spécialiste du syndrome de stress post-traumatique, professeur de psychiatrie à la Boston University, et qui a fondé le Trauma Center de Boston.

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NOUVELLE RENTREE 2021 : DEFUSIONNER POUR EVOLUER

Depuis plusieurs semaines déjà, les prospectus et spots publicitaires nous ont tirés de nos chaises longues et siestes estivales pour sonner le moment de la reprise du travail ou des cours ; fournitures scolaires, blousons et équipements de sport remplissaient depuis fin août nos boîtes aux lettres alors que l’été était encore là. Et déjà, questionnements, projections anticipatoires, ruminations, inquiétudes, le mental et sa machine à pensées reprenaient du service. 

C’est la rentrée, une période pour se projeter dans les semaines ou mois à venir, réfléchir à ce que nous souhaitons vivre en cette nouvelle année qui commence, particulièrement après ces 18 mois éprouvants, insolites et interminables de la crise sanitaire. Sans être scolaire ou universitaire, nous avons conservé en nous cette trace, ce rythme dit « scolaire », un cycle qui correspond à celui des saisons et rythmes de la nature. 

« C’est la fin de l’été » chantait Françoise Hardy « je ne suis plus la même, […] qu’y a-t-il de changé ? »

 

Fruits mûrs

En effet, après l’équinoxe de printemps qui réveille les rythmes biologiques comme les projets, puis le solstice d’été, où arrive à maturité les fruits et les réalisations, nous nous dirigeons vers l’équinoxe[1] d’automne (ce prochain mercredi 22 septembre 2021 à 21h21).

Dans certaines cultures ancestrales, comme la culture amérindienne, les équinoxes et les solstices sont des moments de charnière saisonnière, de changement de modes _ pensées et comportements _ dont la nature peut éclairer le sens : L’équinoxe d’automne « suit la période des moissons, des récoltes, des vendanges, et précède celle de la chute des feuilles[2]", Certaines personnes sont d’ailleurs sensibles à ces passages d’intersaison qui leur procurent un flottement émotionnel inconfortable. Pour d’autres, l’équinoxe d’automne est une période de maturité, là où nous sommes possiblement mûrs pour faire évoluer notre approche de la vie, nos comportements, pour changer de perspectives, voire de logiciel. En cette période de rentrée, j’ai eu envie d’ouvrir ma boîte à outils de thérapeute et de présenter la thérapie ACT.

 

Acceptation et engagement

L’ACT (Acceptance and Comitment Therapy)  a été développée aux Etats-Unis par Steven C. Hayes de l’Université du Nevada, Kelly Wilson de l’Université du Mississipi et Russ Harris en Australie. Ce courant fait partie de la troisième vague des Thérapies Cognitives et Comportementales, ou TCC.

L’acceptation et l’engagement, sont les 2 mots-clés de cette approche thérapeutique, car elle dégage 2 axes fondamentaux :

  • Accepter ce que l’on ne peut changer, ce qui est hors de contrôle,
  • S’engager vers des comportements et des actions qui vont vers ce qui est important pour nous.

La thérapie ACT utilise des stratégies d’acceptation et de pleine conscience. Ces techniques nous apprennent à rétablir une relation plus saine avec nos pensées, à accueillir les émotions et sensations corporelles comme des messagères utiles, sans plus être redoutées ou évitées. 

L’efficacité de l’ACT est reconnue scientifiquement dans le soulagement des troubles anxieux, les troubles obsessionnels compulsifs, la dépression, les douleurs chroniques, le stress professionnel[3]

 

De la rigidité à la flexibilité

La rigidité psychologique, c’est l’impossibilité ou la grande difficulté à changer (« Je le sais, mais c’est plus fort que moi ! »). Sortir de ce cercle vicieux commence par observer nos stratégies d’évitement pour nous débarrasser des émotions, pensées et sensations difficiles, par lequel nous espérons ne plus revivre ces moments douloureux. Si les comportements d’évitement peuvent parfois se retrouver fonctionnels (comme prendre de l’aspirine pour éliminer des maux de tête), d’autres deviennent plus problématiques que les expériences douloureuses qu’ils cherchent à dominer (la fuite chez une personne phobique, la consommation de substances pour éliminer des affects négatifs…). 

Destructrices à long terme, ces stratégies sont efficaces à court terme pour apporter un soulagement plus ou moins grand.

 

Dé-fusion des fusions

Lucille était fatiguée en rentrant vendredi soir ; et malgré le voyant orange de sa jauge de carburant, elle a préféré rentrer pour se reposer, se disant qu’elle ferait le plein avant d’aller travailler lundi matin. Oubliant qu’elle devait se rendre plus tôt à son travail ce lundi-là, elle arrive en retard, à cause de son passage à la station-service. « Quelle idiote ! Mais quelle gourde ! » se dit-elle, elle s’invective, ses tempes se serrent, elle a mal à la tête ; elle est vraiment en colère après elle-même, se disant qu’elle a été négligente et qu’elle aurait pu éviter tout cela. A se demander si elle est vraiment à la hauteur de cette nouvelle mission que son responsable vient de lui confier. « Je ne suis pas concentrée, si j’oublie tout, je vais tout faire échouer ». 

Lucille fusionne avec sa pensée (moi = idiote, moi = gourde, moi = oublie tout, moi = échouer), et se laisse gouverner par elle ; elle devra travailler cette « expérience » pour amener dans la conscience la pensée (Quelle idiote ! Quelle gourde !), l’émotion (colère contre soi), la sensation corporelle (tempes qui serrent, mal à la tête).

 

Quand on applique son modèle de pensée au « mot-à-mot », on finit par s’y conformer, de façon automatique, comme une vérité absolue. C’est la fusion avec nos pensées.  Nous avons tendance à confondre nos pensées avec la réalité, et certaines de nos pensées sont douloureuses car elles sont empreintes de jugements ou de souvenirs d’expériences pénibles. S’il existe des confusions entre nos constructions intérieures et le monde extérieur, force est de constater que nos interprétations sont parfois assez éloignées de la réalité objective[4].

Schoendorff[5] nous le démontre très simplement : Pensez à un fruit bien mûr et juteux, une pêche par exemple ; vous faites l’expérience sensorielle directe du fruit mûr qui vous fait immanquablement saliver. Maintenant imaginez une pêche pourrie, cette expérience sensorielle là vous soulèvera probablement le cœur… Autrement dit certaines pensées ou images peuvent acquérir les mêmes fonctions et forces que l’expérience directe, et provoquer les mêmes réactions.

Le mode de pensées et comportements automatique est souvent lié au concept de soi (« Je ne suis pas intéressant », « on va se moquer de moi », « je suis trop maladroite » …). Ces croyances statiques sur/de soi, construites de manière excessive, amènent à se comporter de façon à valider et confirmer ces vérités fabriquées. Prendre conscience de ce qui se déroule en nous permet de ramener ces éléments à la conscience, les interroger, de défusionner avec ces pensées automatiques et inconscientes. 

 

La boussole pour s’orienter vers ce qui est important pour soi

Le thérapeute formé à l'ACT, aide à défusionner des fonctionnements récurrents, appris, cristallisés, dont le but était l’évitement de l’inconfort ou de la douleur, des émotions source de déplaisir voir de souffrance. Car cet évitement de situations finit par éloigner l’individu de ce qui compte vraiment pour lui, l’amenant vers plus de frustration et de souffrance. En somme, il s'agit d'un mécanisme verrouillant. 

Nous ne sommes pas nos pensées, nos émotions, nous avons une pensée qui dit ceci ou cela, nous ressentons une émotion de (peur, colère, tristesse…) qui nous indique qu’une action est nécessaire. 

« Qu’est-ce qui est vraiment important pour moi ? » De ce type de questionnement nous pouvons définir de nouvelles orientations, des actions d’engagement vers nos valeurs pour remplacer les actions d’évitement qui nous en éloignaient. En résumé, la flexibilité psychologique, c’est l’aptitude à entreprendre des actions importantes pour soi, même en présence d’événements psychologiques perçus comme négatifs.

 

L'ACT favorise la flexibilité en accompagnant chaque individu à volontairement accepter ses émotions, ou pensées « négatives », (re)créer une distance d’observation, pour avancer vers ce qui compte vraiment pour lui, en fonction de ses contextes de vie. L’objectif à atteindre et développer est « la flexibilité psychologique et comportementale », c’est-à-dire la capacité de changer, d’ajuster ses comportements afin de pouvoir initier et tenir dans l’instant présent les actions déterminantes pour soi. 

La thérapie ACT permet passer de la réaction à l'action, de sortir du système de pensées habituel et rigide, désenclencher le mode « pilote automatique » et reprendre les commandes manuelles. C’est réinvestir l’énergie en la concentrant vers les évolutions et les changements souhaités. « Embrasser l’inconfort d’exister, au lieu de s’épuiser à tenter d’échapper à sa propre expérience, et donc dégager l’énergie qui permettra de se rapprocher de ce qui compte réellement pour soi. » (Dr François Bourgognon et Dr Claude Penet, psychiatres et psychothérapeutes).

 

---- Marie-Christine Abatte ----

Psychologue & thérapeute


 

[1] Définition astronomique précise la conception préscientifique selon laquelle l'équinoxe est le moment où la durée du jour est égale à celle de la nuit.

[2] « Aux rythmes de notre Terre-Mère », Catherine Sorolla Menassieu, éd. Trajectoire. 

[3] « La thérapie d’acceptation et d’engagement », Bourgognon F., Penet, C. Editions Que sais-je ?

[4] Bourgognon, 2019

[5]Schoendorff et alii, 2011

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