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PANIQUE, UN CRITIQUE ETAT

Lisia est une aficionada[1] d’art taurin. Elle suit assidument _ le plus souvent avec toute sa famille _ les courses taurines de son village et des villages avoisinants, du printemps à l’automne. Malheureusement, elle n’a pas pu voir les taureaux passer devant la foule lors de l’encierro[2] ce dernier dimanche d’août. Un important vertige, la vision devenue floue et le souffle court, des battements de cœur très accélérés et une sensation d’oppression l’avaient amenée à terre, puis au poste de secours. 

Alitée pendant près d’une heure « comme dans le brouillard », après transpirations et tremblements, elle était rentrée chez elle, soutenue par sa famille mais encore oppressée et perturbée. Elle dit ne pas comprendre ce qui lui est arrivé. Certes, la foule dense, les records de chaleur, l’effervescence et l’enthousiasme étaient réels, mais rien qui pour Lisia puisse expliquer cette crise où elle a cru mourir. Peu après, le médecin des pompiers venu l’ausculter lui annonce « Vous avez eu une attaque de panique. »

Paniquer, vient de « panikos » en grec, qui renverrait au dieu Pan, le dieu « qui troublait les esprits[3] ». « Dans la guerre des Titans contre Jupiter, Pan fut le premier qui jeta la terreur[4] dans le cœur de ces Géants », un dieu « inspiré par les forces invisibles et mystérieuses de la nature. » 

La panique serait dans sa définition « une grande peur, une terreur qui survient de manière subite et violente, en troublant l'esprit et le comportement »[5] ; ou « une vive terreur, soudaine et irraisonnée, souvent dénuée de fondement qui affecte le plus souvent un groupe ou une foule, et provoque de grands désordres. »

 

 

Désordre troublant

 

On sait aujourd’hui que 5 à 30 % de la population connaitra une crise de panique au cours de sa vie, avec une proportion de 2 femmes pour un homme. Une attaque de panique (ou crise d'angoisse aiguë) est un épisode de peur soudaine et de haute intensité. L’attaque de panique n’est pas un trouble en tant que tel, mais les symptômes et manifestations de l’épisode-panique _ bien que délimité dans le temps _ peuvent être véritablement impressionnants. En effet, les personnes qui vivent une crise de panique ressentent pendant plusieurs minutes un sentiment de terreur, accompagné de symptômes physiques intenses. La durée totale d’une crise varie de quelques minutes à une heure, voire un peu plus, avec une moyenne de 20 à 30 minutes[6]. Pendant cet épisode, la personne atteinte a l’impression de ne plus du tout maîtriser la situation.

 

Sonner l’alarme

 

L’attaque de panique est un accès de peur ou de malaise intense, en une montée parfois très rapide et qui atteint son point culminant avec la manifestation d’au moins 4 symptômes tels que :

 

  • Des palpitations, des battements de cœur perceptibles ou accélérés
  • Sueurs
  • Tremblements
  • Sensations de dérobement des jambes (impression que l’on va tomber).
  • Essoufflement, souffle coupé, sensation d’étouffement
  • Gorge qui serre, sensation d’étranglement
  • Oppression ou gêne thoracique
  • Gêne abdominale
  • Vertiges, nausées
  • Frissons ou bouffées de chaleur
  • Sensation de fourmillements ou d’engourdissement (paresthésies)
  • Flottement, sensations d’irréalité (déréalisation)
  • Peur de perdre de contrôle, de perdre l’esprit
  • Peur de mourir

 

Non-dysfonctionnelle, l'attaque de panique est en réalité une réaction physiologique d'alarme qui permet à l’organisme de se préparer à faire face à un danger, qu’il évalue comme sérieux et immédiat. Il se déclenche alors un ensemble de manifestations, certes pertinentes mais potentiellement aussi désagréables qu’incomprises. 

 

Face à la menace

 

Face à une menace ou un danger, le système corps-esprit se met en état d’urgence vital absolu. Comme chez la plupart des mammifères, des manifestations biophysiologiques utilisent l’énergie et les ressources du sujet dans un objectif de survie. 

L’amygdale cérébrale _ cette petite zone cérébrale qui gère les émotions _ envoie un signal à l’hypothalamus, qui lui-même stimule le système nerveux pour que les glandes surrénales produisent plus d’adrénaline. Il y a accélération du rythme cardiaque (tachycardie), augmentation du rythme respiratoire pour plus d’oxygène (hyperventilation), une vasoconstriction au niveau de la peau (horripilation) déclenche le hérissement des cheveux et des poils[7]. Le sujet est pale car le sang est mobilisé stratégiquement, la pression artérielle est accrue. Un afflux massif de sang et de sucre arrive aux muscles pour agir, au cerveau pour réfléchir, au cœur qui est l’organe du combat, le tout en vue d’une action intense et imminente. 

La transpiration augmente pour « refroidir la machine », à contrario de certaines fonctions qui s’arrêtent momentanément, comme la digestion (péristaltisme). Il existe parfois des douleurs abdominales, voire des pertes d’urines ou de selles _ car en phase de menace, manger, digérer ou encore contrôler les sphincters n’est plus une priorité. 

L’énergie est utilisée ailleurs. 

 

Réflexes primitifs critiques

 

Le danger et la phase aiguë passés, des tremblements contribuent à l’évacuation du stress et des tensions. A noter que les tremblements et secousses musculaires _ souvent interprétés comme une manifestation de froid ou de peur _ permettent au contraire « d’éteindre la peur », en évacuant l’énergie mobilisée pour la situation critique.

Il existe plusieurs définitions de la « criticité » : Nous retiendrons qu’elle suppose de manière générale « d’amener un changement » ou encore « d’arriver à une phase finale » pour une pathologie[8] notamment. Elle peut inciter également à porter un regard sur « l’occurrence, la gravité et les conséquences » d’une situation _ pour résumer succinctement la méthode AMDEC[9] _ ou encore elle est une vigilance sur des « réactions en chaine non désirées » comme dans le domaine de l’ingénierie nucléaire par exemple. 

Toutes ces réactions physiologiques sont sous le contrôle du SNA[10] ou système nerveux autonome sympathique. Il s’agit de réactions justifiées et adaptées en situation de danger pour rendre possible l’une des deux options réflexes en cas de menace : la fuite ou l’attaque, en fonction des possibilités. Chaque crise de panique va donc mobiliser et puiser dans les ressources physiques et psychiques, laissant place à un intense épuisement.

 

 

Réactions en chaine ?

 

La fréquence et l’intensité des crises de panique peuvent devenir envahissante pour la vie de la personne qui les subit. Personnelle, sociale ou professionnelle, la vie peut devenir problématique et source d’inquiétudes, entraînant le sujet à vivre dans la peur constante d'un nouvel épisode de panique. 

 

Mario est employé d’agence bancaire. Il se réveille souvent en sueur au milieu de la nuit, le cœur battant la chamade, terrorisé mais sans raison apparente. Il a souvent des idées qui tournent en boucle, sa dernière angine _ il y a quelques jours _ lui avait amené des pensées tenaces et funestes de cancer de la gorge. Il se plaint de fréquentes palpitations cardiaques et craint l’infarctus. 

C’est son premier contrat de travail dans cette enseigne bancaire, après une longue période sans emploi, puis de remplacement et de missions de travail temporaire. Mario est fatigué par son sommeil fractionné mais ravi de cette opportunité, autant qu’il est conscient de l’enjeu : il s’installe bientôt avec Julia _ qui vient de découvrir sa grossesse _ et il doit passer positivement la barrière de la période d’essai pour remplir les conditions locatives de leur futur appartement. Mais en descendant dans la salle des coffres un matin _ un espace feutré qu’il connait pourtant très bien _ il avait senti ses mains trembler et « une pointe au cœur », convaincu de vivre le signe avant-coureur de la crise cardiaque tant redoutée. La pensée qu’il allait mourir et laisser Julia et son futur bébé seuls dans la vie l’avait terrifié.

 

Quand les attaques sont récurrentes et inattendues, on ne parle plus d’attaque isolée mais de trouble panique. Si ressentir de l'anxiété dans certaines occasions est tout à fait normal, on parle de « trouble panique » lorsque les crises de panique sont répétitives et imprévisibles. 

Le trouble panique fait partie de la grande famille des troubles anxieux[11]. Car dans le cas du Trouble Panique (TP), cette réaction n'est évidemment pas appropriée à la réalité puisque le danger n'est pas réel, mais plutôt perçu comme tel par la personne. Dans le trouble panique, il y a installation d’une crainte durable d’une nouvelle attaque, avec des comportements d’évitement, installant et verrouillant un cercle vicieux.

 

Seul ou combiné

 

Le DSM-5[12] recense le Trouble Panique (TP), et précise que ce trouble peut s’associer ou non à d’autres troubles (agoraphobie, stress post-traumatique…). Pour qu’il y ait Trouble Panique, il doit y avoir des attaques de panique récurrentes et inattendues comme évoquées plus haut, associées soit à une crainte persistante que surviennent d’autres attaques de panique ou de leurs conséquences (perte le contrôle, perdre l’esprit ou la vue, faire une attaque[13] etc…) ; soit à un changement de comportement significatif et inadapté en relation avec les attaques comme l’évitement par exemple (situations, lieux…).

La tétanie (contraction musculaire) et la spasmophilie (tendance aux spasmes) sont deux diagnostics souvent formulés après une crise d’angoisse plus ou moins spectaculaire. La plupart des chercheurs[14] pensent actuellement qu’elles sont des manifestations du Trouble Panique[15].

 

Anticipation

 

Éviter les espaces publics par exemple ne préviendra pas les attaques de panique. Au contraire, cela peut renforcer le principe d’évitement et le « chroniciser ». Aussi désagréable et impressionnante que soit une attaque de panique intense, elle ne dure en général que quelques minutes et n’entraine pas le décès. De même, il est impossible que la personne s'évanouisse, car l'organisme est hyper-activé. Si une crise survient, la meilleure chose à faire est de rester sur place et de respirer lentement jusqu’à ce que la crise s’arrête (quelques minutes). Cependant les manifestations physiques intenses et les interprétations « alarmistes » et démesurées de la personne augmentent l’angoisse[16] : Elle craint de s’évanouir, de mourir, de « devenir folle », de se trouver dans un monde irréel ou de perdre le contrôle d’elle-même, ainsi renforçant la réaction physiologique d'alarme et créant le cercle vicieux de l'attaque de panique : la personne développe une anxiété anticipatoire, que l’on pourrait résumer par « la peur d’avoir peur ».

 

Agora[17]

 

L’agoraphobie peut se coupler au Trouble panique. L’agoraphobie est définie comme l'appréhension démesurée de tous les endroits ou situations, dont on ne pourrait sortir facilement en cas de crise ou d'attaque de panique, et dans lesquels on ne pourrait pas être aidé ou secouru (lieux clos ou au contraire vastes espaces vides, locaux publics et grands magasins, foule, transports en commun, ascenseurs…). 

Ces situations déclenchent, chez la personne agoraphobe, des états d'anxiété et des malaises qui la limitent alors dans ses possibilités de déplacement.

 

 

Lisia a très mal vécu son épisode panique. Elle se disait en souffrance psychique depuis, de par l’incompréhension de son trouble. 

 

Nous avons travaillé sur « les interprétations catastrophistes » des manifestations physiologiques qu’elle traduisait plus ou moins inconsciemment comme le signal d’un danger vital.

Lisia comprends mieux ce qui se passe dans sa vie, et ce qui l’effraie. Elle a aussi porté un œil plus juste sur cet enchainement de manifestations, dont l’objectif concret est de donner « toute la puissance » à son système corps-esprit en situation « d’alarme apprise ». Elle a pris conscience de son discours intérieur, de l’origine de ses croyances dramatiques, et de ses stratégies de contrôle devenues inefficaces.

Elle a intégré des méthodes de retour au calme et appris à poser de la distance face à ses perceptions de situation et ses pensées dysfonctionnelles. 

 

Mario a saisi le mécanisme du programme d’hyper-vigilance qui tournait en boucle dans son esprit, « changé son Mindset » de lutte pour se sentir en sécurité. En intégrant que le danger n’existe que dans sa perception inconsciente de la situation comme « une affreuse certitude[18] », il a notamment appris à respecter ses limites et à se reposer, sans culpabilité.

 

Marie-Christine Abatte

Psychologue et thérapeute


 

[1] Aficionada (de l’espagnol « amateur ») :  Qui est passionnée, adepte de, fanatique.  Wikipedia.org

[2] Encierro (de l’espagnol « enfermement ») : Désigne le trajet des taureaux des corrales aux arènes, plus globalement il s’agit de lâchers de taureaux de Camargue sur un parcours clos. (…) Les villageois à pied excitent les taureaux et leur échappent en se réfugiant sur des ballots de paille ou derrière des barrières. Wikipedia.org

[3] Selon le dictionnaire de Littré (1872-1877)

[4] Régine Borderie « Sur la panique : mythe, figures, savoirs. » Dans Poétique 2011/2 (n° 166), pages 215 à 227

L’Histoire nous apprend que Pan, alors qu’il accompagnait Bacchus lors d’une expédition aux Indes, trouva le moyen de semer la terreur au sein de l’armée ennemie avec l’aide d’une petite compagnie et de ses clameurs dont il parvint à tirer un bon parti grâce à l’écho des parois rocheuses et des cavernes de cette vallée boisée. Les hurlements rauques renvoyés par les grottes, ajoutés à l’aspect repoussant de lieux aussi sombres et déserts, suscitèrent chez les ennemis un tel sentiment d’horreur que, parvenus à cet état, leur imagination les aida à entendre des voix et sans aucun doute à voir aussi des figures plus qu’humaines ; pendant ce temps-là, le caractère incertain de ce qu’ils redoutaient augmentait l’intensité de leur crainte et des regards furtifs la propageaient plus rapidement que n’importe quel récit. Voilà ce que les hommes ont après coup appelé une panique. https://www.cairn.info/revue-poetique-2011-2-page-215.htm

[5] « Et la pantomime éternelle de la terreur panique a si peu changé, que ce vieux monsieur à qui il arrivait une aventure désagréable dans un salon parisien, répétait à son insu les quelques attitudes schématiques dans lesquelles la sculpture grecque des premiers âges stylisait l'épouvante des nymphes poursuivies par le Dieu Pan. » Proust, Prisonn., 1922, p.317.

[6] AMELI : https://www.ameli.fr/gard/assure/sante/themes/trouble-panique/symptomes-diagnostic-evolution#:~:text=En%20cas%20de%20trouble%20panique,la%20répétition%20de%20l%27attaque.

[7] Principe biophysiologique, un mécanisme utilisé par les chats ou les oiseaux pour se montrer plus menaçants face à l’adversaire en situation de danger.

[8] Dictionnaire Littré, 1762

[9] L’AMDEC est l'Analyse des Modes de Défaillances, de leurs Effets et de leur Criticité. L'AMDEC est un outil utilisé dans la démarche d’analyses et de prévention des risques. Elle identifie les points de défaillance d’un produit, d’un procédé ou d’un processus, qui sont susceptibles de compromettre la qualité ou de pénaliser la performance.

[10] Le SNA, système nerveux autonome, dirige les fonctions involontaires du corps, celles que le corps contrôle de lui-même. Il est composé d’un ensemble de neurones régulant les fonctions automatiques de l’organisme en modulant la respiration, le muscle cardiaque, les vaisseaux, les hormones. Il est composé de deux bras complémentaires, le système nerveux sympathique et le système nerveux parasympathique. www.neurocoach.fr

[11] Au XIXe siècle, connait l’accroissement de plaintes d’origine nerveuse où l’anxiété aigüe et chronique joue un rôle de plus en plus important. […] Bien que des symptômes d’anxiété aient été observés depuis longtemps, on considérait qu’ils faisaient partie des états de mélancolie, et ils étaient difficilement classés comme des troubles indépendants. Ce n’est qu’en 1879 que la psychiatrie a commencé à utiliser le terme technique de « panique mélancolique » (Pereira, 1997). Oliveira Dos Santos L., (2017) « Problématisation de l’apparition du trouble panique en psychiatrie » Nouvelle revue de Psychosociologie 2017/2 N°24 https://documentation.insp.gouv.fr/insp/doc/CAIRN/_b64_b2FpLWNhaXJuLmluZm8tTlJQXzAyNF8wMDgx/problematisation-de-l-apparition-du-trouble-panique-en-psychiatrie?_lg=fr-FR

[12] DSM-5 du 17/6/2015 : Le DSM-5, dernière et cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, et des troubles psychiatriques (en anglais Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) de l'Association américaine de psychiatrie (APA, en anglais : American Psychiatric Association).

[13] Dans les années 1860, durant la guerre civile américaine, le médecin Jacob Da Costa s’est intéressé à un état clinique fréquent chez les soldats, qu’il a appelé « syndrome du cœur irritable » […] (ou névrose cardiaque), […] précurseur de ce que nous appelons aujourd’hui le « syndrome panique ». (Pereira, 1997). Oliveira Dos Santos L., (2017) « Problématisation de l’apparition du trouble panique en psychiatrie » Nouvelle revue de Psychosociologie 2017/2 N°24

[14] https://www.quebec.ca/sante/conseils-et-prevention/sante-mentale/informer-sur-troubles-mentaux/troubles-mentaux/troubles-anxieux/trouble-panique-et-agoraphobie

[15] A ne pas confondre Spasmophilie, tétanie, épilepsie. Voir https://therapeutesmagazine.com/spasmophilie-tetanie-epilepsie-quelles-differences/

[16] La psychiatrie adopte la distinction entre Angoisse (du latin Angor), qui veut dire oppression et grande affliction, et anxiété (en latin anxietas), qui serait une prédisposition permanente.

[17] L’agora a d'abord désigné, dans la Grèce antique, une réunion de citoyens, ainsi que l'espace public où celle-ci a lieu. Cet espace public accueille plus généralement les activités sociales, politiques, commerciales, judiciaires ou encore religieuses de la cité. Le forum est l'équivalent romain de l'agora. Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Agora

[18] Lacan, J., « Le Séminaire » livre X, L’Angoisse, op. cit., p. 92 dans https://www.cairn.info/revue-la-cause-du-desir-2013-2-page-94.htm

 

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BAILLER : UN REVELATEUR DE FRAGILITE ?

Le bâillement vient du terme latin « badare », qui signifie « ouvrir la bouche ». Il est un geste d'origine réflexe ou semi volontaire. Tout homme bâillerait en moyenne au moins 250 000 fois au cours de sa vie. Le bâillement se manifeste déjà in utero _ dès la 11e semaine de grossesse _ et si l’on bâille beaucoup dans les premières années de vie, la fréquence décline jusqu'à la mort. Décrit par Hippocrate comme « une échappée de vapeur précédant les fièvres », ce phénomène est pour Darwin « un morceau de physiologie inutile » [1]  et pour Aristote, une « expulsion de superfluités mobiles »[2].

Je reçois simultanément Maxime et Amandine. Ou plus exactement Amandine, accompagnée de son fils Louis. Maxime a 38 ans, père de trois filles, il est cadre dirigeant dans une entreprise internationale de plasturgie. Il revient d’une croisière en Scandinavie avec son épouse.

Louis vient de finir sa 3e, et rentre en seconde à la rentrée. Il vient de valider son brevet des collèges, aime jouer aux jeux vidéo comme ses camarades. 

De prime abord, il n’y a aucun point commun entre Maxime et Louis. Pourtant ils viennent me trouver pour les aider à percer un mystère qui peut sembler anodin, mais qui les perturbe tous les deux manifestement : ils baillent.

 

Heureux qui communique ?

 

Ce qui exaspère Amandine, c’est que Louis baille bruyamment et bouche ouverte, souvent, très souvent. L'éducation associe le geste de porter la main ou le poing devant la bouche _ en un mouvement qui devient réflexe avec le temps _ car il est extrêmement impoli d'imposer à l'entourage une vision directe sur sa cavité buccale. De même, le savoir-vivre nous enjoint de bailler furtivement, et d’éviter la projection potentielle de postillons dans un geste discret. 

En plus de bailler souvent, Amandine trouve Louis « nonchalant », « désinvolte », il « se laisse vivre ». Elle le dit souvent « accroc » aux jeux vidéo. Et quand Amandine le lui fait remarquer, elle se plaint que Louis soit sur la défensive, insolent, ou fasse la sourde oreille. 

Amandine s’inquiète pour Louis, pour sa réussite scolaire, pour la dégradation de ses échanges avec lui, pour sa « crise d’adolescence ». Elle a peur qu’il se disperse, qu’il rate ses chances scolaires, et se laisse emporter par la paresse ou l’ennui. Ou pire, « qu’au lycée, il se démotive ».

 

La porte du diable

 

Du côté des croyances plus anciennes, voire des superstitions, le bâillement a été appréhendé par beaucoup de peuples dans l'Histoire comme une « crise périlleuse », ainsi que le révèle le dictionnaire infernal[3] du 19e siècle : En Espagne par exemple, les femmes se signent encore la bouche, « de peur que le diable n’y entre ». L’Europe du temps du pape Grégoire le Grand (vers 590), a connu une épidémie d'une peste maligne qui décima la population et engendra de nombreuses superstitions : « il était mortel de bâiller dans le temps de cette peste ; de là viendrait l'habitude de faire sur la bouche le signe de la croix quand on bâille[4] ».

Sur le site de référence sur le bâillement, Olivier Walusinski, médecin et spécialiste de ce phénomène, rapporte que L’Islam[5] percevrait également le bâillement comme un signe de l'entrée du diable, et dans l'éternuement un signe de sa sortie : « Le Prophète a dit que Satan s'efforce de divertir le fidèle en prière. C'est une épreuve infligée aux croyants. L'un des moyens employés par Satan pour divertir le fidèle (…) consiste à le faire bâiller de sorte à le détourner de sa prière. Le Prophète nous a informé lorsque le bâillement s'impose à nous, nous devons fermer notre bouche avec notre main. » 

De même, le médecin rapporte qu'en Inde, les Bhûts[6] sont censés apprécier entrer par la bouche. Il est alors considéré comme dangereux de bâiller, (…) c'est pourquoi il est recommandé de placer sa main devant sa bouche en disant « Mârâyan[7] ! », ou faire craquer ses doigts afin d’effrayer le mauvais esprit.

 

Tensiomètre

 

Tous les êtres dotés d'un système limbique connaissent le bâillement émotionnel associé au stress. Chiens et chats bâillent dans les salles d'attente du vétérinaire, parce qu'ils ressentent du stress, voire de l’angoisse. Il en est de même pour des sportifs avant une compétition, ou encore des étudiants avant un oral décisif _ comme après d’ailleurs, pour relâcher la pression. 

La pression, il semblerait que Louis en ait. La pression de parents certes inquiets, impliqués et bienveillants, mais qui transforment les repas en épreuve pour Louis. Il en est de même des trajets en voiture. Bientôt la rentrée, une période où Amandine planifie, contrôle, gère, pilote, stimule Louis, et tente de recadrer son temps de sommeil, d’écrans, de loisirs. 

Pour Maxime, c’est une période tendue aussi. Il indique avoir appréhendé la reprise après ses congés de fin d'été. Il se disait exténué et en épuisement, il avait certes négligé son sommeil les dernières semaines, et plus mal vécu la chaleur que les années précédentes. Il souligne avoir eu du mal à boucler ses dossiers, « avec des performances mentales au ralenti ».

Maxime rapporte « avoir baillé à s’en décrocher la mâchoire » dès le 2e jour de ses vacances. 

 

Thermorégulateur

 

Loin d’être aussi inutile que Darwin le présentait, il a à contrario pour le Docteur O. Walusinski[8] , « une influence sur la circulation du liquide céphalo-rachidien et donc sur les neurotransmetteurs ». Lors du bâillement la surface du pharynx et du larynx se dilate par quatre fois, la trompe d'Eustache se bouche, ce qui fait perdre brièvement de l'audition pendant quelques secondes ; de l'air frais pénètre jusque dans l’estomac, d'où la sensation de relâchement et de plénitude. 

Ainsi, le cerveau de Maxime se régule en tension et en température pour lui permettre de conserver sa lucidité et son calme, en quelque sorte de « garder la tête froide ». Celui de Louis possiblement aussi, un arc-réflexe aux vertus anti-stress et calmantes de l’émotion contenue, dans des moments où il se dit sous surveillance et comme dans une « toile d’araignée ».

 

Polymorphe

 

Des reptiles jusqu’aux primates et aux humains, les vertébrés des mondes marin, aérien et terrestre baillent[9]. On a constaté chez les poissons ou les reptiles, une sorte de bâillement dans les attitudes d'intimidation lors d'états de stress ou d'agressivité. Chez les mammifères nomades et grégaires, le bâillement a un rôle de cohésion sociale : « Il pourrait aussi s'agir d'un système de stimulation de notre vigilance, un signal nous alertant qu'il est temps de dormir ou de manger » (Dr O. Walusinski)Ainsi, l'individu qui baille signale possiblement son état de fatigue à ses congénères, qui l'imitent en un bâillement apparemment contagieux. Et le troupeau s'arrête pour récupérer des forces. 

Chez l'hippopotame ou le macaque, le mâle dominant bâille plusieurs fois avant l'accouplement. L'humain connait des bâillements comparables _ accompagnés d'étirements _ se manifestent comme l’expression d’un désir sexuel. Pour Pietro d’Abano[10], la contagion du bâillement serait le résultat du plaisir et du désir de bâiller éprouvés par l’estomac[11]. Le plaisir _ delectatio _ stimulerait l’imagination et la mémoire, le corps y trouvant une sorte de soulagement. Par ses recherches, le Dottore Pietro d’Abano avance qu’en voyant des personnes en train de s’accoupler ou de manger, nous nous souvenons du plaisir lié au coït ou à la nourriture, et nous serions poussés à faire de même ; ce qui se produirait également avec le bâillement[12], selon les écrits du médecin médiéval italien.

 

Echo

 

La science est aujourd’hui capable d’enregistrer l’activité de groupes de neurones par imagerie cérébrale fonctionnelle. Et aucune recherche n’a jamais réussi à prouver que le système des neurones miroirs ne soit effectivement impliqué dans la contagion du bâillement. Au contraire, il semblerait que notre propension à bâiller soit stable, quelle que soit la situation, et serait indépendante de l’empathie.

Pour Jackson[13] et ses collègues, bâiller est un « échophénomène », comme le fait de répéter inconsciemment les mots ou fins de phrase d’une autre personne, ou de reproduire ses gestes _ comme se gratter la tête instinctivement quand l’autre se gratte la tête. 

Chaque individu est plus ou moins sensible à ce type de mimétisme, qui dépendrait en réalité de différences d’excitabilité du cortex moteur[14].

 

Le cerbère de la vigilance

 

Maxime se dit sous tension, car plusieurs unités du groupe qu’il dirige sont en pleine restructuration. Il baille trop, et à des moments très inappropriés selon lui, moments où il devrait au contraire afficher investissement et concentration. Il ne comprend d'autant pas ces manifestations alors qu’il revient de vacances.

L’excès de bâillements est une plainte somatique assez fréquente. On le retrouve d’ailleurs au cours de nombreuses pathologies neurologiques : malaises vagaux, migraines, épilepsies, accidents vasculaires cérébraux… La théorie la plus consensuelle dans la communauté des neuroscientifiques, biologistes et éthologues sur la fonction du bâillement aujourd'hui est la stimulation de la vigilance. 

Le biologiste Andrew Gallup[15] s'appuie sur des données issues de la recherche animale. Ses recherches prouvent que chez les animaux évoluant en groupe, le bâillement servirait à les prévenir qu'un des leurs est fatigué et qu'ils doivent donc redoubler de vigilance afin de se protéger des prédateurs. 

Maxime est lui-aussi en alerte, son cerveau s’adapte au « danger » pour lui permettre de conserver son efficacité. Son retour au travail s’annonce effectivement tendu : un mouvement social s’est déclaré et il va devoir gérer. Et s’il lui est désagréable de bailler en pleine réunion d’orientation de la politique de l’entreprise, ses bâillements pourraient en réalité opérer à la manière d’un signal d'alerte pour lui et ses « congénères » professionnels[16] ".

Quant à Louis, il ne s’en plaint pas vraiment. Il évoque plus un automatisme. Alors que des salves de bâillements émaillent son discours, cela semble être plutôt une source de relâchement, de réconfort et de distanciation.

 

Fatigués ou désignés ?

 

Il convient de distinguer la fatigue à proprement parler _ qui est un état réversible, physiologique et utile _ et le surmenage qui est une fatigue chronique, permanente, pouvant conduire jusqu’à l’épuisement, en somme une fatigue possiblement irréversible. 

L’accompagnement de Maxime lui a permis de d’identifier certains signes plus ou moins discrets : Maxime _ et son épouse _ avaient déjà constaté une diminution de l’énergie, de la fatigue dès le matin avec un sommeil non réparateur, et une irritabilité croissante mais contenue. Maxime est exposé à ce que l’on appelle encore « la maladie des motivés », car son ennemi principal est en réalité lui-même. Il identifie mal sa souffrance _ une souffrance qui le déstabilise et le dérange _  il la néglige ou la minimise, et se met ainsi en danger inconsciemment. Son corps, lui, l'a bien compris.

Nous avons travaillé sur ses valeurs, ses idéaux de succès professionnel et d’accomplissement personnel, son degré d’épanouissement familial, de prospérité matérielle et financière. Maxime évolue dans une sphère industrielle, avec des journées marquées par les logiques de performance élevée et de rendement, d’urgence, de compétition, et parfois d’individualisme. Il a progressivement perçu son rapport à sa situation professionnelle mais aussi personnelle, en balance entre le surinvestissement et le désenchantement. 

 

Ainsi le bâillement de Maxime l’a amené à s’interroger sur ce qui était dissimulé à lui-même et multifactoriel. De même que travail amorcé avec Louis lui a permis de réaliser sa stratégie automatique de bâillements  _ compulsifs et auto-apaisants _  masquant une importante anxiété, ainsi que d’autres stratégies plus ou moins conscientes pour contrer la morsure anxieuse et une estime de soi altérée. 

Un autre travail a été entamé avec les parents de Louis. La clinique du couple parental a mis à jour la dynamique familiale des parents de Louis, masquant des tensions, des difficultés de communication et des frustrations. Ce qui a amené Louis à se retrouver porteur d’une mission bien connue des psychothérapeutes systémiciens[17], celle dite du « patient désigné ». 

Cette stratégie « chiffon rouge[18] » servant d’occupation voire d’exutoire, a un temps justifié la centration des parents de Louis sur ses « problèmes » en évitant de régler les leurs. Loin de leurs possibles « désaccords », les « cadrages » opérés par les parents de Louis « pour son bien » les mettaient en quelque sorte « en accord » donc en cohésion, dans une période de turbulences conjugales

Synonyme de fatigue ou d’ennui pour certains, manifestation impolie pour d’autres, le bâillement de Louis a servi de symptôme au patient désigné, lui-même porte d’entrée du système familial. 

Si le combat parental contre l’indolence de Louis a fait un temps diversion, en mettant en sourdine la conflictologie et la fragilité du couple conjugal, le comportement-problème de Louis les a protégé, de la dissonance[19], d’un possible éloignement, voire d’une rupture. 

Une stratégie psychique dont Louis n’avait évidemment pas conscience.

 

                                                                                                            — Marie-Christine Abatte, Psychologue et thérapeute ---


 

[1] Walusinski,O., Deputte B.L. “Le bâillement : phylogenèse, éthologie, nosogénie” https://www.em-consulte.com/article/104853/le-baillement%C2%A0-phylogenese-ethologie-nosogenie?OWASP-CSRFTOKEN=N5KJ-17BD-9KQR-G3C3-I4OH-0P3A-DNKI-5BRR

[2] Selon Pietro d’Abano https://www.cairn.info/revue-les-lettres-de-la-spf-2014-1-page-123.htm

[3] Dictionnaire infernal de Jacques Collin de Plancy (1794-1881). L’ouvrage du XIXe siècle relate que « Les femmes espagnoles, lorsqu'elles bâillent, ne manquent pas de se signer quatre fois la bouche avec le pouce, de peur que le diable n'y entre. Cette superstition remonte à des temps reculés ».

[4] Le Camus (1769)

[5] www.baillement.com

[6] Les Bhûts : Les esprits.

[7] Mârâyan : « Grand Dieu ! »

[8] http://baillement.com/Walusinski.html

[9] L’exception est la girafe, dormant très peu, de manière très sporadique et sans cycle de sommeil défini, et qui ne baille pas.

[10] Pietro d'Abano, né à Abano (1250-1316), est un médecin, philosophe et astrologue italien du Moyen Âge. 

[11] « Propter delectationem et concupiscentiam stomachi ad ossitandum »

[12] André Bolzinger, “ De la transmission du bâillement. Retour d’un débat médiéval dans un débat actuel”. Dans Les Lettres de la SPF 2014/1 (N° 31), pages 123 à 135

[13] Les travaux de Jackson viennent ébranler la théorie qui tend à affirmer que regarder ou entendre quelqu’un bâiller activerait un réseau cérébral associé à l’imitation motrice et à l’empathie, réseau qui renferme le fameux système des neurones miroirs. Ces derniers s’activent quand on réalise un geste ou quand on le voit faire, et sont nécessaires à l’empathie et à nos comportements sociaux. https://www.cerveauetpsycho.fr/sd/neurosciences/pourquoi-le-baillement-est-il-contagieux-12688.php

[14] Les sujets portaient un casque de stimulation magnétique transcrânienne, ce qui permettait aux chercheurs d’enregistrer l’excitabilité et l’inhibition de leur cortex moteur primaire ou de le stimuler. Les enregistrements de l’activité corticale révèlent que l’excitabilité du cortex moteur et son inhibition prédisent la propension de chaque sujet à bâiller par contagion. En simplifiant, plus l’activité de cette région cérébrale est élevée, plus on a tendance à bâiller par contagion. Et si on augmente l’excitabilité du cortex moteur primaire par stimulation transcrânienne, les participants bâillent davantage. C’est donc l’activité de cette région corticale qui est responsable des bâillements contagieux.

[15] Andrew Gallup, biologiste de l'évolution de l'Institut polytechnique de l'Université de New York (États-Unis), voir ses travaux publiés en juin dans la revue Behavioural Brain Research, 

[16] Une adaptation efficace car la "contagion", ou plus exactement la reproduction réflexe, remonte aux observations du célèbre neurologue Jean-Martin Charcot en 1889, qui avait fait du bâillement un signe clinique, popularisées depuis par l'adage selon lequel "un bon bâilleur en fait bâiller sept. »  https://www.sciencesetavenir.fr/sante/le-baillement-mysterieux-gardien-de-la-vigilance_167171.amp

[17] Dans l’approche systémique, le psychologue s’intéresse à la façon dont les problèmes se manifestent dans le présent en relation au passé. Le but du psychologue systémique est d’amener un nouvel équilibre chez une personne ou un système dit “dysfonctionnel”. Pour ce faire, il utilisera les ressources personnelles et relationnelles des personnes en vue d’une découverte des nouvelles manières de fonctionner. Les origines de l’approche systémique remontent aux travaux de Gregory Bateson (années 1952 à 1962) et et à ceux de Paul Watzlawick et ses collègues du Mental Research Institute créé en 1962 à Palo Alto (California). 

[18] Agiter le chiffon rouge : Provoquer délibérément, référence à la tauromachie. https://fr.wiktionary.org/wiki/agiter_le_chiffon_rouge#:~:text=Locution%20verbale,-agiter%20le%20chiffon&text=(Sens%20figuré)%20Provoquer%20délibérément.&text=(Sens%20figuré)%20Mettre%20en%20avant,problème%20pour%20détourner%20l%27attention.

[19] Dissonance : réunion de sons dont la simultanéité ou la succession est désagréable. Manque d’hamonie.

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PARENTS-TOXIQUES, VERS UN NÉCESSAIRE DÉSAMOUR ?

Les dieux grecs étaient, pour la plupart, parents voire grands-parents, mais n’étaient pas tous justes et aimants avec leur progéniture. Bien au contraire, les récits mythologiques relatent la cruauté de certaines de ces divinités persécutrices et toutes puissantes, qui faisaient régner un climat de trouble et de terreur, tant aux cieux que sur les hommes, livrés à la merci de châtiments irrationnels et imprévisibles venus d’en haut.

Les dieux de l’Olympe évoluaient entre drame et démesure, dualité fratricide et vengeances, luttes pour le pouvoir suprême en renversant le père, ou en étant mangé par lui[1]. Entre tragédies et malédictions, Titans[2]et titanides[3] sont décrits comme appartenant à une époque faite de barbarie « des êtres pour qui la violence prime sur l’intelligence, convaincus de leur brutalité présomptueuse[4] ».

De Typhon, le « monstre cracheur de flammes » aux Erinyes, ces « déesses infernales, vampires que jamais n’approchent ni homme ni bête[5] », en passant par Cronos « le dieu aux pensées fourbes[6] » qui dévore ses enfants[7], ou encore les Cyclopes « au cœur violent », la mythologie grecque a engendré autant de monstres menaçants que de dieux vénérables ou déesses protectrices. 

Mélanie vit aussi dans l'appréhension constante d’évènements imprévisibles, inévitables et incontrôlables qui lui tomberaient dessus. Technicienne de laboratoire expérimentée, Mélanie est la plus ancienne de son équipe. Pourtant, elle se sent souvent débordée par un sentiment de honte et d’imposture, un manque de confiance en elle l’handicapant pour évoluer professionnellement et intégrer un poste d’encadrement. Elle a l’impression d’être incapable de gérer ses responsabilités quotidiennes avec confiance et compétence. 

Sa mère _ décédée il y a 10 ans dans un accident de la route _ avait instrumentalisé Mélanie pour en faire une employée de maison, corvéable, docile, invisible et surtout silencieuse. Elle évoque un manque de démonstrations affectives et des brimades. Son père, également décédé 4 ans auparavant, était un père froid et dénigrant, avec une addiction aux jeux d’argent. Mélanie évoque un premier mariage avec un conjoint qui l’accablait de reproches, un couple actuel en crise dans lequel elle dit « ne pas exister », de nombreuses angoisses et peurs irrationnelles comme celle « d’être à la rue », évincée professionnellement ou placardisée par la nouvelle DRH du groupe qu’elle craint, malgré son attitude avenante. Mélanie évoque pourtant son histoire avec fluidité, elle « sait » qu’elle a vécu ce qu'elle appelle « une enfance compliquée » mais ne « voit pas » ce qui l’enlise encore dans ces projections et ces situations.

 

Parent déifié[8]

 

Un parent bienveillant et prévisible est un dieu-bienfait (bien fait). Pour un petit enfant, les parents sont tout. Ce sont des dieux aimés et vénérés. Ils sont modèle à suivre, exemple, référence, figure de confiance et d’autorité, base de sécurité, havre de paix, source de réconfort et de chaleur. Ils comblent les besoins d’amour et de protection de leur enfant, de sécurité, de soins, de nourriture. Sans le parent et ses bons soins, l’enfant est en danger vital. C’est ce que D.W. Winnicott[9] résumait ainsi : « Un bébé seul, ça n’existe pas ». En grandissant dans la conviction que nos parents sont parfaits, nous nous sentons protégés et en sécurité, intérieurement et extérieurement.

Cependant, aucun parent n’est en réalité parfait. Si l’important n’est pas de chercher à être un parent parfait, toujours disponible et d’humeur égale, il convient comme l’explique D.W. Winnicott d’être « suffisamment bon », avec ponctuellement des imperfections ou déficiences. Être un parent suffisamment bon, c’est d’avoir la capacité de se remettre en question, de réfléchir à ses comportements, d’accepter de se tromper et de s'excuser si besoin avec sincérité, de pouvoir reconnaître une faiblesse, une insuffisance, une erreur, et peut-être de se faire conseiller ou accompagner. Mais il arrive que l’amour du ou des parents ne soit pas inconditionnel et contienne un lourd prix émotionnel à payer.

 

L’Anamour[10]

 

Si les grecs ne savaient pas quand la foudre des dieux allait s’abattre sur eux, ils savaient qu’elle finirait par tomber. 

Un parent imprévisible et dévalorisant est un parent-nocif ou toxique. Plus globalement, toute relation qui engendre de la souffrance est une relation toxique. Un parent malveillant pour son enfant utilisera la violence physique et/ou l’autorité forcée. La maltraitance s’exprime en actes ; elle provient parfois de la malveillance, qui est issue des pensées. L'inverse de la maltraitance, c'est la bientraitance ; celui de la malveillance est la bienveillance. Un enfant doit pouvoir grandir et se construire dans la bienveillance et la bientraitance.

Rappelons que pour le Code civil, « L'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques[11] ». Malheureusement il arrive que certains parents aient une attitude coercitive[12] sur l’enfant, attitude qui leur semble pourtant tout à fait justifiée, « pour le redresser, le mater, l'éduquer, le cadrer, lui apprendre, le faire obéir, le faire écouter... ». Quand ils s’expriment, ces parents détiennent la vérité et leurs enfants n’ont pas souvent le droit de penser par eux-mêmes.

Comme dans la mythologie grecque, la Rome antique admettait volontiers les châtiments arbitraires sur l’enfant « incapable de se corriger pour son bien » : Dans un très intéressant article « Le père, l'enfant, les coups et la mort à Rome[13]» Pierre Cordier[14] y relate les brutalités admises et juridiquement autorisées dans la Domus[15] romaine. « La justification morale des coups est fournie par Sénèque[16] ; on frappe les enfants aussi longtemps qu'ils n'agissent point par caractère raisonnable (ingenio), mais par crainte[17](formidine).

Qu’elles soient dues à la maltraitance physique, à la négligence, au délaissement affectif ou éducatif, les souffrances provoquées _ consciemment ou inconsciemment, volontairement ou involontairement _ par le parent-toxique, entravent voire ruinent le bon développement psychique et physique de l'enfant. Et même si de nos jours, le parent coercitif est conscient de son comportement, il ne l'est pas forcément de son caractère toxique. En cela il s’estime juste, rationnel, légitime. 

 

Enfant dénié, enfant réifié[18]

 

A la maltraitance physique peut se superposer la maltraitance psychologique. Humiliations, critiques répétées, moqueries, plaisanteries déplacées, brimades, dévalorisations en tout genre, jugements constants, l’enfant suivra les rails psychiques tracés par le parent, le conduisant à s’identifier à l’image qu’on lui renvoie, convaincu d’être mauvais, insuffisant ou indigne, créant un mal-être grandissant à l’âge adulte.

Un parent toxique ne sait malheureusement pas accueillir les émotions de son enfant, il ne s’excuse pas. Il impose son point de vue à son enfant, ne l’écoute pas dans ses besoins et ses désirs, est possessif, lui fait subir un contrôle excessif, altère l’estime de lui-même, y compris à l’âge adulte : « Tu es bien comme ton père », « tu finiras comme ta mère », « tu es incapable », « qu’est-ce qu’on va faire de toi », « c’est bien, mais tu aurais pu… »  etc. 

Protéger l’enfant, c’est aussi protéger le futur adulte, car être élevé par un parent émotionnellement indisponible ou mal-aimant laisse des séquelles, un attachement[19] peu assuré, des blocages dans des scénarios relationnels rigides et des défaillances de lien. Pour prolonger leur emprise les parents-toxiques auront souvent tendance à appuyer là où ça fait mal, parfois même avec leur enfant devenu adulte, des failles ainsi inlassablement entretenues. Ces adultes sont envahis par la culpabilité et un sentiment d’incompétence, avec une image d’eux-mêmes dégradée. 

Soulignons que le « manque de confiance en soi » est l’un des motifs les plus courants de consultation au cabinet. 

 

Tout le monde

 

Un mécanisme de défense consiste à donner une explication rationnelle à l’irrationnel ; à rendre l’inacceptable acceptable. Il y a les « parce que », et les « comme tout le monde » ou « tous les parents », ou encore le « comme dans toutes les familles ». Ce procédé se nomme la rationalisation. Cela consiste à donner une logique à la violence et à l’environnement malaisant. 

Pour un enfant, s’il arrive quelque chose de négatif dans la famille, c’est qu’il y est pour quelque chose ou pour beaucoup. Ainsi il est déclamé que l’on était « livré à soi-même parce que le parent était très malheureux », ou « qu’il a eu des abus sexuels parce que… » mais « qu’on ne lui en veut plus parce que… ». 

La dénégation[20] et la rationalisation[21] sont des mécanismes de défense, comme le refoulement, un processus psychique inconscient qui permet de repousser tout ce qui semble inacceptable pour l'esprit conscient. Dangereuse est donc la prise de conscience de la réalité. 

Ainsi, à l'instar des personnes victimes de troubles de stress post-traumatiques, les enfants-adultes minimisent l’impact du vécu traumatique. Certains plaisantent même d’expériences pénibles, pour défendre coute que coute l’image fictive du ou des parents. 

Les mécanismes de défense agissent comme un anesthésique, mais dont l’action sédative n’est que temporaire ; la souffrance est toujours là et s’amplifie avec le temps. « J’ai eu une enfance classique », « des parents formidables », « j’ai été vraiment aimé(e)», « des parents courageux et qui travaillent beaucoup », « dans le fond, ils ont été supers », « ils ont pas eu le choix », « à d’autres moments, ma mère est quelqu’un de gentil », des remarques significatives de rationalisation qui émaillent le discours de Mélanie et d’autres patients au début de leur thérapie. 

D’un côté les enfants de parents toxiques devenus adultes refoulent les sentiments et évènements qui ont été, jusqu’à oublier que ces évènements aient même existé. Du côté du parent, le temps et la dénégation provoquent également une distorsion du récit, où ce qui s’est passé est minimisé, dérisoire, voire pas arrivé du tout. 

Comme ça, tout le monde est d’accord.

 

Faut-il jeter les parents avec l'eau du bain ?[22]

 

Je rencontre au cabinet des adultes qui ont du mal à se détendre, à être spontanés ou enjoués, qui ressentent un sentiment d’imposture, d’échec, un complexe d’infériorité, redoutent le pire venant d’autrui, ou se retrouvent en situation de dépendance affective, se sentent tristes ou furieux sans raison manifeste. La vie personnelle ou professionnelle de ces adultes semble influencée voire contrôlée par des schémas de comportement provenant de conduites imposées durant l’enfance. Des parents destructeurs émotionnellement peuvent engendrer des traumatismes chez leurs enfants, leur inculquer des croyances dites “limitantes” et des schémas dysfonctionnels répétitifs. 

Ces parents qui n’ont probablement pas eu d’enfance eux-mêmes. Ils n’ont pas eu la possibilité de grandir à leur rythme dans une atmosphère chaleureuse et respectueuse, de se reposer sur des adultes bienveillants et à l’écoute, se développer sainement dans la sécurité affective. Car le développement d’un enfant et la construction de sa sécurité affective intérieure se base en grande partie sur le processus d’observation et d’imitation. Ces enfants devenus adultes connaissent une répétition de cette nocivité, restent en grande souffrance dans leurs relations, et peuvent à leur tour transmettre cette nocivité.

Nombre d’adultes ne semblent pas faire de lien entre un comportement autodestructeur, des complexes, une culpabilité envahissante, le sabotage de leur vie, et le milieu familial dans lequel ils ont baignés durant leur enfance. N’ayant aucune idée de ce à quoi ressemble un parent aimant et bienveillant, l’enfant d'un parent toxique lisse les évènements pour les rendre acceptables et sans aspérité. Jusqu'à accepter que pour avoir de bons moments avec son père ou sa mère _ et aujourd’hui avec son conjoint _ il faut accepter de mauvais moments en attendant les bons. Le lien psychologique qui associe amour et nocivité est si bien ficelé, qu’il fait que l’un va inévitablement avec l’autre. Le conjoint _ comme précédemment le parent _ est tantôt terrifiant ou imprévisible, tantôt sécurisant. 

 

Le mythe du parent-parfait

 

Lorsqu’on sacralise le parent _ vivant ou à fortiori décédé _ on choisit de vivre selon la vision plus ou moins déformée de la réalité appartenant à ce parent. Faire descendre le parent du piédestal sur lequel on l’a placé est une étape indispensable pour intégrer la souffrance comme faisant partie de sa vie d’enfant, souffrance que l’on a niée et fini par stériliser.

Quand la maltraitance parentale ne se voit pas à l’extérieur de la famille, ces enfants ne peuvent être reconnus dans leur vécu douloureux, et la « toxicité » de leurs parents non reconnue. Les blessures n’en sont pas moins réelles et profondes, mais sans laisser de trace apparente, y compris pour le sujet lui-même qui relativise parfois à l’extrême et déclare comme Mélanie, « Oui, mais il y a plus grave quand même ».

En effet, il est difficile voire inacceptable de se rendre compte qu’un parent ou les deux ont été ou sont toxiques. Les enfants de parents toxiques se sentent eux-mêmes responsables, voire coupables des abus de leur parent. Ils intègrent le fait d’avoir été « difficile », « dur », d’avoir fait quelque chose de mal, de mériter la sanction de maman ou de papa. Ces adultes qui n’ont pas été validés émotionnellement vont montrer des réactions excessives dans certaines situations, car leur capacité à gérer leurs émotions est fréquemment basse.

 

Batiste a connu la maltraitance de son père toute son enfance. Il n’a pas été protégé ou mis à l’abri du domicile par sa mère, alors qu’il y subissait sévices, cris et insultes, une mère pourtant très impliquée dans de nombreuses associations caritatives et locales. Marié, père de 2 garçons, il reconnait avoir un couple conjugal « à transactions violentes »[23] et une jalousie extrême. La thérapie lui a permis de prendre conscience de son angoisse, son origine dans un passé infantile douloureux et les incidences sur son développement affectif d’adulte. Baptiste avait peur de son père _ instable et imprévisible _ et il comprend que ses expériences infantiles malheureuses se sont rejouées et réactualisées dans sa problématique actuelle de couple conflictuel. De blessé il est devenu blessant à son tour en tant que parent, violent psychologiquement par cris et menaces envers ses propres fils, une discipline qu’il croyait être « pour leur bien ». Si pour Baptiste prendre conscience qu’il reproduit le fonctionnement de son père agressif et hostile _ qu’il aime et déteste à la fois _ est terrible, le plus difficile aura été de porter un regard juste sur sa « pauvre-mère », une mère passive qui le laissait seul face à ce père qui le terrifiait, une mère qu’il continue à protéger de ses responsabilités de ne pas l’avoir protégé d’une violence physique et psychologique inacceptable.

 

Papa, maman, je vous haime[24]

 

L’éducation parentale, lorsqu’elle est émaillée de menaces, d’intimidation et d’ultimatum est une « pédagogie noire », une expression d’Alice Miller[25] tirée du best-seller « C’est pour ton bien – Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant ». Elle enjoint l’adulte, enfant de parent-toxique d’un « Ouvrez les yeux[26] » : « Ouvrez les yeux sur ce que vous avez subi étant enfant. Nous bâtissons de hautes murailles pour nous protéger de la douloureuse histoire de notre propre enfance.(…) Il n'est pas vrai _ écrit Alice Miller _ que le mal, la destruction, la perversion fassent nécessairement partie de l'existence humaine, même si on le répète sans arrêt. Mais il est vrai que le mal se reproduit sans cesse, et qu'il engendre pour des millions d'êtres humains un océan de souffrance qui pourrait être évité. »

S’il est plus facile de reconnaitre l’abus dans des coups portés, il est bien pour autant plus délicat d’amener la personne à prendre conscience des abus par mensonge, dénigrement, mutisme, chantage affectif, manque d'empathie, amour conditionnel[27], critique ou culpabilisation. 

D’ailleurs, le parent incompétent, déficient ou abusif engendrera pitié ou compassion à son égard. En se victimisant, il transfère tout ou partie de ses responsabilités à l’enfant, qui grandissant trop vite se voit ainsi amputé d’une partie de son enfance. « Les gens qui ont l’impression qu’ils ont dû mériter l’amour de leurs parents ont tendance à se sentir minables. » comme nous dit abruptement Alfie Kohn[28]

Ici, c'est la victime du crime qui trouve des excuses au criminel. 

 

 

Une personne qui a grandi dans une famille dysfonctionnelle ou toxique, peut _ en étant accompagnée _ se rendre compte des obstacles qu'elle doit surmonter dans sa vie d’adulte et apprendre à s’en dégager. Le travail de la thérapie est d’aider ces personnes à comprendre pourquoi les maltraitances _ physiques ou psychologiques _ dont elles ont souffert enfant, ont encore un puissant impact négatif sur leur vie d’aujourd’hui. Ce travail sera plus ou moins long, l’une des étapes indispensables étant d'évacuer les idéaux de l’enfance. Car la destruction de l’image d’Épinal des parents-parfaits, telle qu’elle était perçue jusque-là laisse un gout amer. Les défenses inconscientes qui empêchaient de voir et de sentir, font inévitablement place à la confusion. Le prix émotionnel de la prise de conscience est réel mais incontournable et nécessaire. Il permettra de libérer le « moi-enfant », condamné jusque-là à l’exil au fond de l’inconscient, cet enfant dont l’adulte essayait de se débarrasser pour tenir éloignée la souffrance émotionnelle. 

Au fond de chaque adulte se cache un enfant. Chez l’adulte-enfant d’un parent toxique, c’est un enfant terrifié, dévalorisé et impuissant, victime ou témoin de brimades et mauvais traitements. Pour aller plus loin, je recommande l’ouvrage dont cet article est notamment inspiré, « Parents-toxiques, comment échapper à leur emprise » de Susan Forward[29]

L’objet de l’article n’est pas de tomber dans l’excès d’accusation du « mauvais » parent, qui serait toujours coupable. Mais si nous ne sommes pas responsables de ce que l’on nous a fait vivre enfant, nous sommes responsables de notre vie, et de ce que l’on en fait aujourd’hui. Nous restons décisionnaires de se choisir, d'évoluer pour sortir des dynamiques nuisibles en étant soutenu. 

 

--- Marie-Christine Abatte---

Psychologue & thérapeute


 

[1] Dieux et Titans, Le conflit entre Zeus et la destinée dans Eschyle – Persée.fr

[2] Pour Daniel E. Gershenson, l'étymologie du nom Titan est probablement « celui qui habite dans les cieux » - Wikipedia

[3] Divinités primordiales aux dieux olympiens

[4] Dieux et Titans, Le conflit entre Zeus et la destinée dans Eschyle – Persée.fr

[5] Ibid

[6] Selon Homère et Hésiode, Cronos est le dieu « aux pensées fourbes » ou « à l’esprit retors », et qui hait son père. 

[7] Cronos dévore chacun de ses enfants au fur et à mesure qu'ils naissent : Hestia, Déméter et Héra, puis Hadès et Poséidon sont ainsi avalés par Cronos. Lorsque arrive le sixième, Rhéa, sur le conseil de sa mère Gaïa, cache l'enfant en Crète et le remplace par une pierre que Cronos engloutit directement.

[8] Déifier : Considérer (qqn, qqch.) comme un dieu ; adorer comme un être inaccessible. (Dictionnaire Le Petit Robert)

[9] Donald W. Winnicott (1896-1971) est un pédiatre et psychanalyste britannique.

[10] Gainsbourg écrit « L’anamour » titre de la chanson de 1969 « est un beau néologisme, « L’anamour », variante javanaise qui ajoute un privatif à l’amour tout en utilisant un préfixe grec, ana, indiquant un renversement mais également un mouvement vers le haut ou en arrière. L’anamour n’est donc pas simplement l’absence d’amour, mais un sentiment fait d’amour et de haine qui élève celui qui l’éprouve. » Marcel Sanguet « Familles, je vous haime » Dans Spirale 2014/3 (N° 71)

[11] Article 371-1 du Code Civil www.legifrance.gouv.fr

[12] Coercitif : Qui exerce une contrainte. Dictionnaire Le Robert

[13]Les victimes, des oubliées de l’Histoire ? ” Sous la direction de Benoit Garnot, PUR Presses universitaires de Rennes

[14] Maître de conférences, Université de Poitiers.

[15]  Domus (latin) est la maison ou demeure, une habitation urbaine unifamiliale de l'antiquité romaine. Voir C. Fayer, La Familia Romana. Aspetti Giuridici ed antiquari, Parte prima, Rome, 1994.

[16] Sénèque, philosophe stoïcien (-4 av JC – 65 après JC)

[17] Le père, pater familias est le gardien de la domestica disciplina, discipline domestique. S’il existe une « réprobation et pénalisation des sévices excessifs [ils] vont paradoxalement de pair avec l'idée que le recours aux coups, voire la mise à mort, reste une expression normale de la puissance paternelle.

[18] Réifié : Transformé en chose, Dictionnaire Le Robert

[19] La théorie de l'attachement est un champ de la psychologie qui traite d'un aspect spécifique des relations entre êtres humains.

[20] En psychologie, les mécanismes de défense interviennent dans le mécanisme des névroses. La dénégation désigne un procédé par lequel un sujet résiste ou refuse d'admettre la vérité.

[21] La rationalisation est définie dans la tradition freudienne, comme un procédé par lequel le sujet cherche à donner une explication cohérente, du point de vue logique, ou acceptable, à une attitude, une idée, un sentiment etc., dont les motifs véritables ne sont pas aperçus (Selon Laplanche et Pontalis). Ella agit comme un camouflage, des divers éléments du conflit psychique, pour justifier l'injustifiable.

[22] Titre de l’article « Parents toxiques : faut-il jeter les parents avec l'eau du bain ? » Cairn Kathy Humbert-FoichatDans Spirale 2014/3 (N° 71)

« Jeter le bébé avec l’eau du bain », cette locution imagée puiserait ses origines dans les rituels liés à la question du bain : Jusqu’à la fin du XIXe siècle se laver n’était pas courant et l’accès à l’eau potable restreint. Lorsque la vasque était remplie d'eau claire, c'est le père ou le chef de famille qui se lavait en premier. Venaient ensuite les aînés mâles, puis les femmes, pour finir par le bébé. A mesure, l'eau était noircie par la saleté, il fallait alors prendre garde à ne pas oublier le petit dernier dedans.

[23] Voir CNP Centre neuchâtelois de psychiatrie

[24] « C’est pour cette raison que l’on prend beaucoup de plaisir à lire certains poètes ou écrivains dont le génie permet d’exprimer ce que nous avons refoulé loin dans nos inconscients, nous redécouvrons alors simplement des pensées enfouies dans la formule de Gide, « Familles je vous hais », ou dans le règlement de compte de Kafka, Lettre au père. » Marcel Sanguet  « Familles, je vous haime » Dans Spirale 2014/3 (N° 71),

[25] Alice Miller (1923-2010) a exercé la psychanalyse jusqu'en 1980 avant de se consacrer entièrement à ses recherches sur l'enfance. Traduite dans le monde entier, elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur les causes et les conséquences des mauvais traitements infligés aux enfants.

[26] Miller Alice, (2018) « La connaissance interdite : Affronter les blessures de l'enfance dans la thérapie » Flammarion  

[27] L’amour conditionnel est une forme de manipulation mentale parce que l'objectif est de faire en sorte que les enfants se sentent coupables s'ils font quelque chose de contraire aux souhaits ou attentes de leurs parents. Voir l’article « L’amour conditionnel est une manipulation mentale (l’amour ne devrait jamais se mériter ou être utilisé pour contrôler) »

[28] Alfie Kohn « Le Mythe de l'enfant gâté ». Auteur américain, Alfie Kohn intervient dans les domaines de l'éducation, de la psychologie et de la parentalité. Time magazine le décrit comme le critique américain ayant « le plus honnêtement et le plus vivement, dénoncé les notes et la compétition à l'école ». Alfie Kohn est également reconnu pour ses travaux de recherche sur la parentalité et les schémas traditionnels d'éducation via les systèmes de punitions et récompenses.

[29] « Parents-toxiques, comment échapper à leur emprise » de Susan Forward (Marabout). Susan Forward, psychothérapeute américaine, auteure également de « Ces mères qui ne savent pas aimer » (Marabout) dont il faut prévenir le lecteur de l’approche américaine qui peut heurter le lecteur, patient ou thérapeute français par la radicalité des méthodes thérapeutiques pratiquées aux Etats-Unis.

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