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    Comprendre et transformer

    Se libérer des troubles somatiques par les psycho-bio-thérapies ou thérapies émotionnelles, orientées vers le développement, la transformation, et l'évolution.

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    S'épanouir

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Marie-Christine Abatte

L'apparence requiert art et finesse. La vérité, calme et simplicité.

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Psychologue, thérapeute émotionnelle, clinicienne de l'activité, j'aide les personnes qui le souhaitent à retrouver du sens, un nouvel équilibre, un mieux-être, un développement, ou une nouvelle direction à leur parcours de vie.

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L'Intégration du Cycle de la Vie® est une technique nouvelle issue des avancées des neurosciences qui permet, sur quelques séances, de réparer un évènement précis et, sur un temps plus long, d'apporter un apaisement et une base de sécurité dans le cas de traumatismes complexes.

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JAMAIS ASSEZ BIEN : EXIGENCES DE SOI ET PERFECTIONNISME

Je reçois Michael[1] pour la première fois, il est en tenue professionnelle impeccable, avec cravate malgré la chaleur, chaussures de ville lacées et cirées, coiffure domptée. Mickael a 23 ans, il est déjà Responsable du développement commercial de l’entreprise qui l’emploie. Il me présente très rapidement son plan de carrière, il voit loin. Issu d’un cursus professionnel, Mickael a enchainé BEP, Bac professionnel, BTS et Bachelor. Il a commencé sa carrière en pâtisserie chocolaterie. Formé par un meilleur ouvrier de France, il parle avec une apparente satisfaction de maitrise, d’excellence et d’exigences de soi. « Je suis allé à bonne école entre mes profs, mon père et mon oncle. Avec eux, tant que le résultat n’était pas parfait, il fallait recommencer. C’est grâce à cette discipline que j’en suis là aujourd’hui ». Les deux frères, son oncle et son père, ont réussi. Son oncle vient d’ouvrir sa 4eme pâtisserie aux Etats-Unis ; son père, juste retraité, a géré 12 centres de profit dans une chaîne de boulangerie. 

 

Réussir sa vie

Michael parle avec enthousiasme de son équipe, de son style de management. Il veut amener ses collaborateurs à se dépasser, à réussir _ à se sublimer pourrait-on lui souffler. La réussite compte énormément pour Michael. Il se dit juste stressé, évoque des réveils nocturnes, des problèmes gastriques, déclare avoir pris du poids ; il a petit à petit réduit son temps de divertissement et de détente, au profit de son ascension professionnelle. « C’est un prix à payer au début, on le sait, il faut faire ses preuves et montrer qu’on en veut ». 

Il raconte avec détachement et un brin de désinvolture les exigences d’un père strict et qui lui a inculqué la performance et le dépassement de soi. « A la maison, je n’avais pas intérêt à ramener une note en dessous de 15/20. Sinon, je devais réécrire l’intégralité de mes leçons, refaire tous les exercices. Mon père déchirait la moindre page avec une tache, une rature ou si ce n’était pas bien écrit ou soigné. Il fallait faire tous les devoirs de la semaine sur le week-end. Impossible de sortir, de s’amuser si je n’atteignais pas les objectifs que mes parents avaient fixés pour moi ». 

Il évoque un épisode inexplicable_ il y a plus de 18 mois _ où ses jambes avaient mystérieusement refusé de le porter un matin au réveil. Il avait été obligé de s’arrêter, un arrêt de travail qu’il avait très mal vécu, et tient absolument à ce que cela ne se reproduise plus. « Travailler, réussir, c’est ça ma vie. Je me dis que quand je serais au top, je serai heureux, je pourrais souffler ».

 

Perfectionnisme : du louable au dysfonctionnel

Un très intéressant article paru sur le site de l’Afis, l’Association française pour l’information scientifique[2], rédigé par Jacques Van Rillaer[3], fait référence aux travaux de la psychanalyste berlinoise Karen Horney. Dans son premier ouvrage, la psychanalyste donne une définition du « perfectionnisme », qu’elle définit comme « la compulsion à être parfait[4] », qu’elle reliait à trois causes : « des parents autoritaires, le souci de se conformer à des normes afin d’éviter des reproches, et le désir de se sentir supérieur ». Dans un ouvrage plus récent, elle a développé ce que l’on peut traduire par « la tyrannie des je-dois » (« the tyranny of the shoulds »[5]), tyrannie auto-infligée par des croyances sur soi, des impératifs en lien avec le désir de réaliser une image idéalisée de soi. Le moteur de cet absolutisme étant malheureusement l’anxiété, et non des valeurs favorables et positives vers la réalisation de soi. Une démarche qui conduit le perfectionniste à poursuivre des objectifs intenables ou inatteignables, générant l’épuisement et le condamnant à ce cercle vicieux.

 

Des perfectionnismes ?

Le sujet perfectionniste peut l’être sur une grande variété d’orientations : cela peut aller du travail au poids, des cheveux à l’éducation des enfants, du ménage au sport, en passant par le couple, la sexualité ou l’alimentation… Certes, il peut exister une volonté saine à se dépasser, vers de grandes réalisations, une détermination à persévérer face à l’adversité ou aux difficultés, scolaires, professionnelles voire relationnelles. 

En revanche, le perfectionniste se donne des normes élevées, et pour le psychologue américain Don Hamachek _ premier à avoir distingué le perfectionnisme normal et le perfectionnisme dysfonctionnel[6] ou névrotique _ « la personne « névrosée » poursuit ses buts par peur de l’échec plutôt que par désir d’accomplissement. Elle évalue son comportement de façon très critique et juge sévèrement ses erreurs ».

En substance, les sujets qui présentent un perfectionnisme « sain » sont dit impliqués et consciencieux car ils poursuivent des objectifs atteignables, établissent des priorités équilibrées, déploient des efforts constructifs et restent flexibles. Très appréciés au travail, tant par les employeurs que par les collègues ou collaborateurs, ils sont capables de tolérer les erreurs et les imperfections ; leurs attentes sont réalistes et face à une difficulté, ils parviennent à résoudre des problèmes avec efficacité. 

 

Le pire du meilleur

A contrario, le sujet présentant un perfectionnisme « dysfonctionnel » tend à s’imposer des standards de réussite, où l’estime de soi est étroitement dépendante de la réalisation d’objectifs exigeants ou irréalistes. Les efforts sont exagérés, l’implication fait place au surinvestissement. Le sujet devient inflexible, connait ou va connaitre des difficultés relationnelles ou professionnelles majeures. 

Car le perfectionnisme dysfonctionnel conduit à entraver le travail en équipe, gêne la capacité à déléguer, à accepter la critique, ou à envisager le point de vue d’autrui. Ces personnes ont des difficultés à accepter les limites et les défauts de tous, ce qui inclut les leurs. Les succès ou les échecs sont, pour ces personnes, indicateurs de leur valeur personnelle. Enfin, s’il est difficile d’avoir des exigences de soi aussi élevées, il est tout aussi difficile de vivre avec quelqu’un qui possède de tels idéaux, et les relations sentimentales, affectives, sociales ou professionnelles sont souvent délicates voire non-satisfaisantes ; pourtant, pour le sujet ces idéaux sont malheureusement tout à fait louables et adaptés.

 

Terrain et facteurs

Dans les facteurs liés au perfectionnisme dysfonctionnel ou à un schéma de type « exigences élevées » on retrouve trois facteurs de déterminisme potentiel et multiple : des facteurs familiaux (style éducatif sévère à autoritaire, héritage de valeurs perfectionnistes), où l’amour octroyé par les parents est conditionné par la conformité à leurs attentes[7] ; des facteurs environnementaux (culture perfectionniste, influence de pairs) ; et des facteurs génétiques (un terrain biologique spécifique). 

Conjointement, ces trois facteurs contribuent à un préjugé d'infériorité et à la construction d'exigences élevées envers soi-même, voire autrui. Le préjugé d'infériorité se traduit par la conviction intime de valoir moins que les autres, de ne pas avoir suffisamment de capacités physiques et intellectuelles. Cette croyance mène à une estime de soi fragile. 

Quant aux exigences élevées, elles découlent du préjugé d'infériorité sous un mode de pensées rigide du type « Je suis inférieur aux autres, alors pour m'en sortir je dois être parfait ». 


Le trop, ennemi du bien

L’émotion ressentie par les personnes au perfectionnisme excessif, ou aux idéaux exigeants est la pression. C’est un rouleau compresseur aussi impitoyable qu’invisible pour le sujet lui-même. Vers la perfection _ utopique et inatteignable _ le sujet cherche constamment à dépasser ses limites, à faire toujours mieux. La peur de l’échec est constante, sourde ou criante. Ces personnes vivent la pression du résultat et de la performance, mais aussi la pression temporelle. Faire vite pour faire plus. Il y a tellement de choses à faire, et si peu de temps pour les faire… et les faire bien. Un chemin vers la frustration permanente, l’épuisement, le burn-out.

 

“Musturbation”

On doit à Albert Ellis, célèbre psychothérapeute, ce jeu de mots sur les impératifs irréalistes – qu’il appelle des « musts » – engendrant des dramatisations, des condamnations de soi (ou d’autrui) et du défaitisme. « La musturbation[8] est une forme de comportement infiniment plus pernicieuse que la masturbation ». Et pourtant les candidats à l’embauche l’utilisent encore à outrance pour évoquer leur plus gros défaut. Dans un contexte de recrutement cette qualité déguisée en défaut, propose  dans sa version positive  une grande capacité de travail, des performances élevées et le sens du travail bien fait. Cependant, ce perfectionnisme prétendument attractif est comme nous l’avons vu un puissant générateur d’anxiété et de diminution de la productivité.

 

S’assouplir

Le premier objectif est d’aider le perfectionniste à identifier les besoins irrépressibles à être perfectionniste. Mais aussi l’aider à observer les dommages collatéraux de sa compulsion. Il doit aussi concevoir que ce n’est pas la perfection qui génère l’amour, le respect ou l’attachement, mais bien la complexité de sa personnalité, y compris ses imperfections. Puis apprendre à trier, discriminer les situations à haut niveau d’exigences, de celles qui ne méritent pas tout ce développement de ressources et d’énergie. Sortir de « parfait pour tout et tout le temps », utiliser des échelles de valeur pour doser, baisser le niveau d’exigences, apprendre à mettre le curseur quelque part… entre l’échec et l’excellence. 

Je donne des tâches à réaliser en dehors des séances pour faire l’expérience du bien, du satisfaisant, un cran en dessous de la perfection. Une qualité ou un résultat à 9/10, plutôt que 10/10. Et constater que 9/10 ou 8/10 c’est bien, cela suffit, il n’y a pas de conséquence funeste, et que l’on reste une personne de valeur et digne d’amour. Faire la cuisine en omettant un ingrédient dans une recette, porter un vêtement non-repassé le week-end à la maison, pour plus tard, laisser un tiers se charger d’une tâche _ménagère ou administrative par exemple _ sans intervenir, pour développer la tolérance à l’imperfection. 

Progressivement, Michael apprendra à lâcher-prise, à apprivoiser l’inconfort de l’imperfection pour gagner en subtilité et en recul, et pouvoir vivre pleinement sa vie. 

 

Marie-Christine Abatte

— Psychologue et thérapeute ---
 

[1] Le prénom ainsi que certains éléments ont évidemment été modifiés.

[2] Être perfectionniste : du normal au pathologique (2017) https://www.afis.org/Etre-perfectionniste-du-normal-au-pathologique

[3] Van Rillaer Jacques, Professeur émérite à l’Université de Louvain et aux Facultés universitaires St-Louis (Bruxelles)

[4] Horney Karen, New ways in psychoanalysis (1939)

[5] Horney Karen, Neurosis and human growth. The struggle toward self-realization (1950)

[6] Don Hamachek a distingué perfectionnisme « normal » et le perfectionnisme « névrotique »

[7] Clark S., Coker S. “Perfectionism, self-criticism and maternel criticism : A study of mothers and their children”. Personality and Individual Differences, 2009, 47:321-325.

[8] Ellis A., “Fun as psychotherapy”, in Ellis A. & Grieger R. (eds) Handbook of Rational-Emotive Therapy, Springer1977.

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ALLER MIEUX… OU PAS : D’UN BENEFICE A L’AUTRE

C' est n’importe quoi !  me dit Anne. « Evidemment que je veux aller mieux ! » s’exaspère-t-elle. Oui mais… S’il existe un bénéfice évident à aller mieux, celui de ne pas aller mieux est parfois inconscient et difficile à accueillir. Faut-il obligatoirement guérir de sa souffrance, de sa maladie, de son schéma répétitif ou de son symptôme ? Sombrer ou évoluer ? Quel intérêt à souffrir ou rester malade, stagner, répéter inlassablement, régresser, voire échouer ?

C’est ce que les psychanalystes nomment « un bénéfice secondaire ». Un bénéfice secondaire est un concept appartenant à l’origine au champ de la psychanalyse et serait « un effet favorable ou positif d'un symptôme psychopathologique ». Aussi délicat à admettre que ce soit, on pourrait donc trouver un avantage à ne pas aller mieux, à continuer à souffrir, voire à saboter la démarche de la thérapie que l’on a soi-même initié. Mystère.

 

Quel intérêt à échouer ? 

« Tout est bien... Tout. L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. Ce n'est que cela. C'est tout, c'est tout ![1] ». Ainsi, il y aurait un gain supérieur à maintenir un existant _ de prime abord défavorable _ par la présence d’une motivation plus ou moins inconsciente à laisser les choses en l’état. 

Anne est en arrêt de travail et souffre. Elle enchaine les examens médicaux depuis 18 mois. Elle se dit très fatiguée, surmenée au travail avec une collègue en longue maladie non remplacée, un nouveau hiérarchique aux exigences très élevées, 2 enfants scolarisés en primaire. Elle se plaint de douleurs aux hanches inexpliquées. En plus de son activité professionnelle, son conjoint a une pratique sportive intensive et chronophage ; il s’entraine plusieurs soirs par semaine, le week-end, des séminaires, des compétitions, les après-compétitions…. 

 

Pertes et profits

Les douleurs d’Anne la contraignent à ne plus pouvoir faire de trajets en voiture, à supporter la station assise, au travail également. Son conjoint a réduit progressivement ses activités extra-professionnelles et décalé ses horaires de travail pour pouvoir déposer les enfants à l’école le matin. D’une certaine façon, Anne a obtenu plus d’implication de son conjoint, alors qu’elle le sollicitait déjà ces dernières années pour avoir plus de soutien dans les activités du foyer et auprès des enfants. Depuis quelques mois et avec l’accroissement des douleurs d’Anne qui se chronicisent, il est plus présent, rentre plus tôt, participe plus aux tâches ménagères, aux devoirs… Il conduit Anne régulièrement au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, chez l’algologue, comme aux autres examens médicaux qu’elle doit réaliser. De plus, le médecin d’Anne lui conseille de lever le pied professionnellement, libérer du temps pour de la gymnastique kinésithérapique régulière, retrouver de la flexibilité musculaire ; elle envisage de demander un mi-temps thérapeutique. Elle va devoir par conséquent transférer certains dossiers à d’autres collègues, être moins impliquée dans ses missions professionnelles et s’inquiète. 

Oui mais, depuis l’apparition et l’intensification de ses douleurs qui l’empêchent de s’activer normalement, force est de constater que son conjoint est plus disponible, plus impliqué, plus soutenant. Elle se sent moins seule, moins de charge physique et mentale, moins de pression professionnelle. N’a-t-elle pas obtenu ce qu’elle souhaitait ? D’une certaine façon. Aura-t-elle intérêt à voir disparaitre ses douleurs ? Peut-être ou peut-être pas. Là s’impose la balance discrète entre le coût ou le prix à payer, et les bénéfices réalisés. Mais Anne n’est pas encore prête à lâcher la plainte autant que ses croyances[2] ou représentations[3].

 

Symptôme et Sinthome

Le symptôme est un signe clinique, c’est une manifestation d’un état dysfonctionnel, ressenti ou exprimé par le sujet ; il peut s‘agir de manifestation somatique comme une douleur, ou d’une manifestation psychique (angoisse, trouble, tristesse…). Jacques Lacan[4] a lui avancé le concept de « sinthome », un dérivé du symptôme dont la fonction est de constituer « une prothèse psychique », permettant au sujet une protection de son psychisme. Lacan cite Jacques-Alain Miller : « le sinthome, c’est une pièce qui se détache pour dysfonctionner si je puis dire », une pièce qui entrave « le fonctionnement des individus » mais qui a « dans une organisation plus secrète une fonction éminente[5]» 

Nous conservons alors parfois des maladies, symptômes, manifestations douloureuses ou toxiques, distorsions cognitives ou comportementales contre-productives mais pour autant « bénéficiaires ». Si Abraham Maslow a  _ dans sa pyramide des besoins _ hiérarchisé les besoins de l’humain, les priorités inconscientes se positionnent quelquefois ailleurs qu’à l’endroit où l’on peut les attendre : Faire le deuil d’un poste aux missions impliquantes, de dossiers complexes mais stimulants, d’une carrière, de l’indépendance des déplacements en voiture, ou plus généralement de la liberté de faire ou de ne pas faire, c’est un coût important, voire « cher payé »… Mais cela pourrait justifier un « retour sur investissement », tel que le rapprochement d’un conjoint indisponible jusqu’alors, son implication, sa présence, la sécurité et la légitimité de lâcher un travail où la charge est trop lourde et la pression forte ;  sans compter l’apaisement des rythmes soumis aux enfants à l’heure des devoirs, et l’ambiance plus apaisée à la maison.

 

Ressorts psychologiques et leviers motivationnels 

« Et si la thérapie ne marchait pas ? » Anne m’interroge, apparemment déjà en proie à un conflit intérieur inconscient. Dans le début de ma pratique, j’ai beaucoup utilisé l’hypnose. J’ai remarqué qu’elle était réclamée par des patients désireux de changer des choses « sans avoir mal ». Comme de se réveiller de l’anesthésie générale après une intervention chirurgicale, mais pour laquelle le patient n’était ni là, ni agissant, ni conscient. Difficile pour Anne, malgré le mal-être, la configuration douloureuse physique ou psychique, d’admettre que cela [lui] confère aussi certains privilèges : certaines situations renforcent la proximité de personnes aimées, mettent à distance de l’obligation du travail, déclenchent des changements de proches précédemment inenvisageables…. Les personnes qui obtiennent certains bénéfices secondaires résistent aux changements amenés par la thérapie _ car la récompense obtenue est supérieure _ mais non-accessible à la conscience. La balance des comptes d’une situation difficile ou douloureuse, d’une douleur ou d’une psychopathologie peut présenter plus d’avantages que de coûts. Freud soulignait ce bénéfice pour le psychisme, d’exprimer un symptôme, pour neutraliser l’angoisse. : « La formation du symptôme épargne au Moi un travail dur et pénible[6] ». Un refuge protégeant de conflits psychiques certes bien plus douloureux. Il est peut-être plus acceptable pour Anne de se plaindre de ses douleurs, que de son couple…

 

Réussir sa thérapie, ça fait mal ?

Le patient est responsable de sa thérapie, il est acteur, cocréateur ; le voyage thérapique suppose un engagement et un coût, certes financier, mais aussi psychique. Changer peut-être douloureux. La thérapie s’arrête parfois avec la disparition d’un patient, qui s’en explique ou pas. Celui-là aurait voulu que « ça » aille vite, un autre que « ça ne soit pas désagréable ou éprouvant ». D’autres essayent plusieurs praticiens, se plaçant eux-mêmes en situation d’échec prémédité et répété, pour valider une croyance selon laquelle « de toutes façons ça ne va pas marcher[7] ». Celui-là perd son temps _ et celui du thérapeute _ mais aussi son argent. Car au-delà de la demande initiale du sujet, il existe la « jouissance à la plainte », un concept qu’Emilie Devienne développe dans son ouvrage « 50 exercices pour rater sa thérapie[8] », où comment la thérapie se transforme en un support à l’entretien de cette « construction doloriste et victimaire ». Un écueil qui ne pourra peut-être pas être évité. 

 

" Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous, et où en serions-nous, sans notre malheur ? » nous dit Paul Watzlawick[9]. C’est par la prise de conscience, la bienveillance du thérapeute, l’alliance de travail _ avec la part saine du patient qui veut changer _ et le cadre de la thérapie, que le sujet peut à son rythme opérer un changement, certes difficile mais profond. Le thérapeute a évidemment des limites à son action, il ne fait pas de psycho-magie, ni de psycho-bricolage. Les limites du patient existent elles aussi, et la démarche thérapeutique va mettre en lumière la capacité et le désir du patient à aller mieux, à s’engager vers lui-même, pour lui-même.

 

--- Marie-Christine ABATTE ---

Psychologue & Thérapeute

 

[1] Dostoïevski, Les Possédés https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_D%C3%A9mons

[2] La croyance désigne l'attitude intellectuelle d'une personne qui tient pour vrai un énoncé ou un fait sans qu'il y ait nécessairement une démonstration objective et acceptable de cette attitude. https://carnets2psycho.net/dico/sens-de-croyance.html

[3] La représentation mentale est une représentation que l'on se fait, par la pensée, d'une projection sensorielle, d'un concept ou d'une situation. Une représentation mentale peut être de l'ordre du réel ou du fictif. […]  Les représentations mentales ont des relations avec la représentation sociale, pour ce qui touche à l'imaginaire collectif, l'organisation sociale, et la construction de systèmes symboliques. https://fr.wikipedia.org/wiki/Repr%C3%A9sentation_mentale

[4] Jacques Lacan est l'un des psychanalystes les plus renommés après Freud, et a donné naissance à un courant psychanalytique, le lacanisme, prônant un strict retour à Freud, il éclaire le champ de la psychanalyse par une approche innovante, essentiellement linguistique. Il y introduit les notions de signifiant et de signifié (récemment théorisées par le linguiste Suisse Ferdinand de Saussure), puis montre que l'inconscient s'interprète comme un langage. http://psychiatriinfirmiere.free.fr/definition/jacques-lacan/lacan-theorie.htm

[5] https://www.causefreudienne.net/le-sinthome/

[6] FREUD, S. (1916) Introduction à la psychanalyse Paris, Payot.

[7] Une étude menée par Wilson en 2003 (dropping out or dropping in) a porté sur la vision que les patients avaient de leur thérapie après avoir arrêté précocement. Il montre que ces patients avaient souvent tendance à se lancer dans la thérapie en partie par impulsion (dropping in). Ils ont également tendance à « papillonner » (« shopping around ») entre les thérapeutes et les thérapies, cherchant à découvrir de nouvelles formes de thérapie ou à trouver une relation patient-thérapeute qui les satisfasse pleinement. Et de nombreux patients ne voient pas le drop-out comme un échec.https://www.researchgate.net/publication/235795410_Therapist_and_relationship_factors_influencing_dropout_from_individual_psychotherapy_A_literature_review

[8] Eyrolles (2012)

[9] Paul Watzlawick « Faites-vous-même votre malheur » (2020) ISBN 2757841874. 

Paul Watzlawick, est un théoricien dans la théorie de la communication et le constructivisme radical, membre fondateur de l'École de Palo Alto. Psychologue, psychothérapeute, psychanalyste jungien et sociologue, ses travaux ont porté sur la thérapie familiale et la psychothérapie générale. " Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous, et où en serions-nous, sans notre malheur ? J'espère que l'on me passera la vulgarité de l'expression car elle est littéralement vraie. Nous en avons salement besoin. " 

 

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SE DEBARRASSER D’UN PASSE DOULOUREUX

Dans cet article j’ai envie à nouveau d’ouvrir ma boite à outils thérapeutiques et de présenter de façon simple et accessible, un de mes outils : l’ICV[1].  Je m’appuierais sur la synthèse de deux autres articles, l’un paru dans le journal L’Express en 2017 « Thérapie brève : « L'ICV permet de comprendre comment le passé affecte le présent[2] » par Leslie Rezzoug, et celui rédigé par Aurore Aimelet _ retranscription d’une interview de la Psychologue ICViste Johanna Smith[3] _ « L’ICV permet de laisser derrière soi un passé douloureux[4] », article paru dans Psychologie magazine de juin dernier.

Qu'est-ce que l'ICV ? L’acronyme ICV pour Intégration du Cycle de la Vie (ou Lifespan Integration en anglais), désigne une méthode de thérapie psycho-corporelle créée par une américaine Peggy Pace, aux débuts des années 2000[5]. » Il s’agit d’une thérapie psycho-corporelle qui repose sur la capacité du système corps-esprit de se guérir lui-même. Cette approche est basée sur la répétition d'une liste chronologique de souvenirs depuis la naissance jusqu'à aujourd'hui, afin de contribuer à l’intégration neuronale, et une guérison profonde d’un large panel de symptômes, chez les patients de tous âges.  

 

Passé présent

L'ICV était, au départ, destinée à aider les personnes ayant vécu des traumatismes lourds, comme des attentats par exemple.  Pour la psychologue Joanna Smith, l’Intégration du cycle de la vie et son outil original, la « ligne du temps », remettent les souvenirs à leur place. En 2010, Joanna Smith découvre les travaux de Peggy Pace, une psychologue et thérapeute de l'Etat de Washington, qui depuis 2002 développe avec ses clients la technique de l'Intégration du Cycle de la Vie (ICV) dans son cabinet privé. : « Alors que je travaille en tant que psychologue en hôpital psychiatrique, et curieuse de ses résultats plutôt encourageants, je propose l’Intégration du cycle de la vie à plusieurs de mes patients qui, après un passé douloureux, présentent des troubles anxieux invalidants. En effet, lorsque nous avons vécu un traumatisme ou souffert de carences affectives, notre esprit a beau savoir que ces événements appartiennent au passé, ils résonnent au présent, et nous adoptons des mécanismes de défense automatiques inappropriés. »

Mais comment se manifeste ce passé douloureux dans notre présent ? Effectivement des événements éprouvants ou traumatisants du passé, même lointains comme ceux de la toute petite enfance, impactent encore le présent de certaines personnes. Je prendrais l’exemple de ce jeune entrepreneur qui après avoir eu un accident de voiture, avait beaucoup de difficultés à conduire et même à entrer dans un véhicule, alors que cela était tout à fait indispensable pour son travail. Ou encore de cette femme qui a souffert d’une enfance difficile auprès de parents négligents, sans réellement en mesurer l’impact profond, et qui devenue adulte craint l’engagement et sabote ses relations. 

 

Traverser sa vie

C’est un peu comme si le cerveau n’avait pas intégré que c’était fini, et qu’il continue à vivre la charge traumatique de l’événement au présent. L’idée de l’ICV est de faire traverser un à un les souvenirs pour communiquer, non plus seulement à l’esprit mais au corps lui-même, l’information du temps qui a passé et que c’est terminé. 

L’objectif est de permettre à notre système _ le système « corps-esprit » _ d’intégrer les événements, les positionner au passé, à leur place véritable. « J’ai constaté que ce voyage dans le passé diminuait la charge émotionnelle des souvenirs douloureux de mes patients. […]. Lorsque je rencontre un patient, je cherche à comprendre si ses symptômes (stress, difficultés relationnelles, conduites addictives ou évitantes) sont liés à un ou plusieurs traumatismes ou, deuxième grande indication de l’ICV, à un trouble de l’attachement et à une mauvaise régulation des émotions. […] Ensuite je présente au patient le cadre de la thérapie, j’explique le concept de mémoire traumatique et l’approche de l’ICV, dont la “ligne du temps” est l’outil principal : Concrètement, il s’agit de dresser une liste de souvenirs chronologiques pour reconstituer son histoire. […] Ce peut être le cas d’un patient qui, élevé par un père très autoritaire, a du mal à s’affirmer ; ou d’une patiente qui souffre d’attaques de panique, n’ayant pu construire un sentiment de sécurité suffisamment solide auprès de parents très anxieux. Dans ces cas-là, nous allons remonter le temps au tout début de l’enfance. Parce qu’il n’existe pas de souvenirs précis de cette période, je vais faire imaginer au patient son développement vraisemblable : à 1 an, il commençait à se mettre debout, à 2 ans, il parlait, etc… » (Joanna Smith).

 

Une machine à remonter le temps issue de l’EMDR…

Au début des années 2000, la psychothérapeute américaine Peggy Pace utilise l’EMDR[6], une méthode consistant à réactiver un souvenir traumatique pour en diminuer la charge émotionnelle. Elle remarque alors que certains patients restent comme « bloqués » dans le passé. En les aidant à retraverser les événements de leur vie, elle observe une amélioration. Elle développe alors l’Intégration du cycle de la vie[7] (Lifespan Integration), qui s’appuie sur un nouvel outil thérapeutique, la ligne du temps.

Comme avec d’autres approches thérapeutiques, les résultats en ICV vont dépendre de l'objectif de chaque sujet. Dans le cas d'un traumatisme lourd, il s'agira de désamorcer les pics d'angoisse et autres manifestations douloureuses pour le patient. « On peut dire que l'on est traumatisé quand on se sent impuissant, incapable de gérer sa douleur pendant une longue durée », explique Joanna Smith. Au-delà d'un certain niveau de stress, notre système nerveux se désactive. On est comme engourdi, anesthésié, ou gelé. Pour se sortir de cet engrenage, il faut pouvoir réintégrer l'événement dans son histoire autobiographique, et pouvoir progressivement s’y connecter un peu plus calmement. « Pour les problèmes liés à l'attachement, le processus est différent : on va apprendre aux patients « carencés » en affection à prendre soin d'eux, à se redonner de l'attention et de la tendresse. Il s'agit d'un travail de fond qui se fait sur plusieurs séances. » (Joanna Smith)

L'ICV se base donc sur le constat que la remémoration d'un traumatisme active des sensations dans le corps, comme si ce dernier était resté bloqué au moment de l'événement douloureux sans pouvoir s'en libérer, alors que la partie rationnelle du cerveau sait pourtant que tout cela est bel et bien terminé. Le but de la thérapie ICV est donc de permettre au cerveau d'assimiler ces informations et d'apaiser le corps en lui faisant prendre conscience qu'il n'est plus dans la situation traumatisante. 

 

… pour augmenter les connections neuronales

L'intégration du traumatisme au niveau neuronal est possible grâce à la neurosplasticité du cerveau, c'est-à-dire à sa capacité de se restructurer neuronalement tout au long de la vie. L'ICV se base également sur le postulat neuroscientifique de Hebb[8] selon lequel "des neurones qui se stimulent en même temps sont des neurones qui se lient ensemble" ("neurons that fire together wire together ").

L'approche thérapeutique d'Intégration du Cycle de la vie a recours à l'imaginaire, ce qui est fondé sur les recherches neuroscientifiques des années 90 démontrant que le cerveau ne fait pas la différence entre ce qu'il vit réellement et ce qu'il imagine. L'ICV s'appuie sur les recherches qui postulent que l'intégration neuronale de l'enfant en développement se développe grâce à la co-construction du récit autobiographique entre les parents et l’enfant. Ce sont les répétitions de ce voyage chronologique à chaque séance qui vont engendrer une prise de conscience et prouver au cerveau _ et surtout au corps _ que le passé est bien passé. Il dure moins de trois séances pour un traumatisme simple et peut prendre quelques années en cas de troubles importants de l’attachement, même si les symptômes s’améliorent souvent dès les premières semaines. « Le patient entre en thérapie parce qu’il souffre, même s’il “sait” que son passé est loin derrière lui ; il en sort lorsqu’il “sent” que son passé est derrière lui et que, en conséquence, il souffre moins. » (Joanna Smith)

 

« Le traumatisme fait partie de la vie. Et le corps en garde les traces et une mémoire qui imprègne nos émotions[9] » (Van Der Kolk). L’ICV s’avère donc être une approche de pointe pour traiter l’attachement, les problèmes de régulation émotionnelle et les traumas, notamment liés à des événements dont on ne garde aucun souvenir car ayant eu lieu avant l’apparition du langage (traumas pré-verbaux). Mais fort heureusement, si « le corps n’oublie rien » il a la capacité, avec un peu d’aide, de s’auto-guérir.

 

---- Marie-Christine Abatte ----

Psychologue & thérapeute 

 

[1]L’intégration du cycle de la vie ou ICV (ou encore Lifespan integration en anglais) est une approche thérapeutique créée aux Etats-Unis en 2002. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Int%C3%A9gration_du_cycle_de_la_vie

[2] Article publié le 30/04/2017 : https://www.lexpress.fr/styles/psycho/therapie-breve-l-icv-permet-de-comprendre-comment-le-passe-affecte-le-present_1897506.html

[3] Joanna Smith, 2016. Psychothérapie de la dissociation et du trauma, Ouvrage collectif, Dunod

[4] « L’ICV permet de laisser derrière soi un passé douloureux », mis à jour le 24 juin 2021 par Aurore Aimelet https://www.psychologies.com/Therapies/Toutes-les-therapies/Therapies-breves/Articles-et-Dossiers/L-ICV-permet-de-laisser-derriere-soi-un-passe-douloureux#xtor=EPR-50

[5] P. Pace l'a théorisé dans son livre « Lifespan Integration : connecting Ego States through time » publié en 2003 et traduit en français en 2014 sous le titre « Pratiquer l'ICV (Dunod)

[6] Les initiales EMDR signifient « eye movement desensitization and reprocessing » c’est-à-dire désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.

[7] Association francophone d’ICV (aficv.com)

[8]Donald Hebb, né à Chester, en 1904 et mort en 1985 dans la même ville, est un psychologue et neuropsychologue canadien. Ses travaux sur l'apprentissage par des réseaux de neurones artificiels ont eu une influence décisive sur les neurosciences cognitives et l'intelligence artificielle.

[9] « Le Corps n’oublie rien : Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme » de Bessel van der Kolk chez Albin Michel. Bessel van der Kolk est un psychiatre américain d’origine néerlandaise, spécialiste du syndrome de stress post-traumatique, professeur de psychiatrie à la Boston University, et qui a fondé le Trauma Center de Boston.

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