Le pli du psy

KILOS ÉMOTIONNELS : L’AUTRE HÉRITAGE

L’alimentation est une fonction biologique et vitale. Depuis plusieurs années, j’accompagne des personnes qui ont essayé des méthodes pour brûler des calories, fait des régimes, du sport ou de l’exercice, mais se démotivent et reprennent leurs kilos indésirables. 

Petits ou grands, les troubles du comportement alimentaire font partie des nombreuses manifestations possibles d’un désordre affectif et du stress associé. Mon travail consiste à permettre d’apprendre à ces personnes la déculpabilisation et la patience, mais surtout la prise de conscience de la relation émotionnelle qu’elles entretiennent avec certains aliments. Et de se repositionner autrement.

Alors, comment sortir de l’engrenage qui ruine souvent tous nos efforts pour retrouver notre silhouette ? 

Comment envisager une nouvelle façon d’être en harmonie avec soi et se sentir bien ?

 

Chocolat, pâtisseries-maison ou industrielles, viennoiseries, crèmes glacées, chips, charcuteries, fromages… ce sont ces aliments vers lesquels nous nous tournons quand le blues ou l’ennui nous guettent. Et la période de confinement semble avoir « profité » à une majorité qui s’est laissée aller aux grignotages, apéritifs et aliments-réconfort. En effet, c’est pratiquement 60%[1] de la population française qui affiche une prise de poids sur les quasis 2 mois de confinement.

Effectivement, les images de caddies pleins à la sortie des supermarchés sont en lien avec les statistiques. Nous avons mangé plus, en plus grandes quantités mais aussi différemment. L’atmosphère de contrainte et de privation de liberté, de contact, d’activité et d’espace, conjuguée aux garde-mangers remplis, nous a fait compenser et surconsommer.

Nous avons pallié inconfort, déplaisir et limites… par des aliments-confort, des aliments-plaisir, en consommation presque illimitée. Selon l’étude de l’Ifop, la moyenne de prise de poids sur la période de confinement est de 2.5kg, mais nombreux sont ceux qui déclarent avoir pris 4 kg voire plus.

 

Ces moments d’alimentation-plaisir nous câlinent, nous apportent une sensation de plein/plénitude, de comblement, d’apaisement, comme le bébé qui s’endort repu après son biberon. Certains aliments sont connus pour agir sur les émotions tristes ou l’angoisse en les mettant sur « pause », comme le chocolat, l’alcool ou ce qui en contient, tous les sucres raffinés bien sûr, mais aussi les sucres lents _ issus du blé par exemple _ les produits laitiers… Malheureusement l’effet calmant est provisoire et agit en boomerang.

L’alimentation-bonheur est effectivement en lien direct avec les premiers mois ou années de la vie. Le lien mère-enfant se développe autour de l’acte de nourrir. Notre enfance tout entière est émaillée de moments de joie, de félicité, de récompense ou d’apaisement autour d’aliments qui nous ont marqués, aliments gras ou lactés, sucreries et douceurs en tout genre, des madeleines qui s’ancrent très tôt dans notre mémoire[2].

 

Antidépresseurs ou anesthésiants des chagrins et désagréments du quotidien, ce sont les « aliments-doudou ». Ils n’ont bien sûr rien à voir avec la faim. D’ailleurs l’industrie agro-alimentaire et les publicistes ne s’y trompent pas et entretiennent le phénomène de dépendance affective et émotionnelle.

Ces aliments-doudou, à eux seuls, constituent un ancrage émotionnel très profond, des programmations inconscientes et tenaces, et dont il est difficile de se débarrasser. Ces ancrages nous lient, voire nous ligotent au pilori des pulsions ou de certains comportements alimentaires. Ainsi nous retrouvons :

  • Le fait de se mettre à table lorsque l’on n’a pas faim (un comportement en lien avec l’éducation et les normes sociales)
  • Le fait de manger quand on s’ennuie (en lien avec des sensations ou sentiments de vide, de frustration et de peur du manque, avec au fond de soi la recherche de nourritures affectives)
  • Celui de finir son assiette alors que l’on est rassasié (là encore selon un principe de « bonne » éducation).
  • Et toutes les contraintes de l'enfance, associées à la table : Il y a ceux qui ont été « privés de dessert », ceux « sommés de finir leur assiette ou leur pain », ceux contraints de rester à table, « tant qu’ils n'ont pas fini les brocolis »…

 

En fait, ces automatismes sont des programmations alimentaires inconscientes, et souvent les véritables responsables du surpoids d’une personne. Suivre un régime pendant un mois, un an, avec la simple compréhension intellectuelle de ces phénomènes, ne suffit pas pour changer toutes ces programmations négatives. Les programmations inconscientes sont très résistantes et rémanentes, et puis, on se raconte parfois des histoires…

Les compulsions alimentaires, elles, sont certes généralement conscientes, mais elles entraînent un sentiment de culpabilité. C’est un cercle vicieux et verrouillant.

 

L’hypnose permet de travailler les ancrages négatifs de ces phénomènes. Ensemble nous travaillons sur les émotions, le mal-être, les peines ou le stress qui favorisent la prise de poids, pour libérer les ancrages vers certains aliments, consommés en excès pour leur effet anxiolytique. 

Au contraire, je propose à ces personnes une autre voie, respectueuse, celle de la bienveillance et d’une reprogrammation par l’hypnose des logiciels alimentaires souvent familiaux ou générationnels, ancrés dans l’inconscient. 

 

---- Marie-Christine Abatte ----

Psychologue, psychologue du travail & thérapeute

 

[1] Prise de poids chez 57% des Français, mis en évidence par un sondage Ifop pour Darwin Nutrition, une enquête au cours de laquelle 3 045 Français.es ont étés interrogés sur leurs habitudes alimentaires à partir du 17 mars 2020. https://www.darwin-nutrition.fr/actualites/alimentation-francais/

[2] « Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin, […] ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. […] Ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, […] les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot […], l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, […] l'édifice immense du souvenir". Marcel Proust « Du côté de chez Swann » (1913).